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CARA ITALIA: Le mouvement des étrangers en Italie qui vise à devenir un parti

Fondé par un journaliste d’origine kenyane, Stephen Ogongo, qui a annoncé à l’AGI (Agence Journalistique Italenne): «Maintenant, une véritable formation politique. Mais n’appelle pas ça un parti des immigrés». 

 

Ça se propose comme «front commun parmi les immigrés et les Italiens», en «réponse au climat de haine qui s’est déclenché avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement jaune-vert». Ça s’appelle CARA ITALIA, comme un morceau célèbre du rappeur italo-tunisien Ghali, le mouvement créé par le journaliste kenyan Stephen Ogongo, résident en Italie depuis 1995, qui a vu le jour en octobre dernier et qui est en train de recueillir de plus en plus d’adhésions et de consensus sur le social, et pas seulement. 

«Nous ne sommes pas le parti des immigrés» 

«Ceux qui nous présentent comme le parti des immigrés n’ont pas vraiment compris ce qui nous anime, ni nos objectifs. Nous sommes un mouvement composé d’immigrés et d’Italiens qui partagent les mêmes valeurs, à commencer par la répudiation du racisme rampant. Nous voulons oeuvrer ensemble pour créer une société multiculturelle, multireligieuse et libre, basée sur le respect mutuel et la protection des droits de tous, sans discrimination», déclare à l’AGI, Stephen Ogongo, qui a été professeur de journalisme et de communication sociale à l’Université grégorienne de Rome, ainsi que réditeur en chef du groupe éditorial “Stranieri in Italia” qui, depuis 16 ans, publie une dizaine de journaux en plusieurs langues étrangères dont le roumain, le philippin, l’indien et le polonais, le français, l’espagnol.

«De manière consciente, pour la soif de pouvoir, ceux qui gouvernent causent des dommages irréparables à l’Italie, créant des fractures socio-économiques qui s’aggravent de jour en jour et menacent l’avenir du pays», prévient Ogongo, dénonçant les croissantes attaques verbales et physiques croissantes contre les citoyens d’origine étrangère. 

«Malheureusement, les gens oublient facilement l’histoire tragique de l’Holocauste ainsi que le passé de l’émigration de l’Italie. L’histoire risque de se répéter et, poursuivant sur cette voie, l’Italie se dirige vers un chaos total», craint le journaliste kenyan de 45 ans, dont 24 passés en Italie.

«Le mouvement est en train de se développer au-delà de nos attentes: en quelques mois, nous avons atteint plus de 7.000 personnes qui se sont reconnues dans ce projet et qui rejettent le climat de haine ranpante. Outre les adhésions individuelles, nous avons déjà reçu des centaines de messages de soutien, de la part de citoyens qui nous encouragent à poursuivre notre lutte pour une Italie plus juste, pacifique, accueillante et intégrée. Au total, ils sont 50.000 à nous suivre», poursuit Ogongo, qui ne se laisse pas abattre par les messages de haine, par les insultes adressées contre CARA ITALIA.

L’adhésion du caricaturiste Vauro

Le caricaturiste Vauro a apporté un soutien concret en dessinant le logo officiel du mouvement: une colombe de la paix avec une aile blanche et une aile noire, qui vole tenant dans son bec une branche d’olivier tricolore (rouge-blanc-vert). 

«Dans ce qui semble être devenu le bruit de fond de notre pays: aboiements, grognements, criaillements, souvent violents, la cacophonie du racisme fomenté par une certaine politique et amplifiée par de nombreux médias, il arrive heureusement d’écouter quelque voix humaine. Des renvois à des valeurs civiles telles que les droits et la solidarité. Des tentatives parfois solitaires mais courageuses et, à mon avis, indispensables pour réveiller les consciences étourdites, désillusionnées, intimidés par le vulgaire et continuel fracas qui risque de nous rendre sourds à notre propre humanité des individus», a écrit Vauro en communiquant son soutien pour le mouvement.  

Et le caricaturiste de poursuivre: «CARA ITALIA est un projet politique qui est en train de voir le jour, pour unir, donner une place à ces voix. Il a été créé par des Italiens que le chœur aboyant ne veut pas considérer tels. Le chœur se jetera contre cette tentative, pret comme toujours, à insulter et railler, mais il ne pourra pas empêcher les voix humaines d’atteindre d’autres oreilles, à ceux qui ont encore la capacité d’écouter. Tout comme ces voix me sont arrivées à l’oreille et j’ai immédiatement voulu ajouter, pour ce que ça vaut, ma voix à leur, trouvant l’hospitalité, chose rare, en ces temps-ci», conclut Vauro.

Prochaine étape:  une formation politique

La prochaine étape sera la création d’une formation politique pour mieux connaître les personnes qui ont rejoint le mouvement, pour s’assurer qu’elles sont les personnes justes pour réaliser le projet de société, mais aussi qu’elles sont compétentes et prêtes à travailler pour le bien du pays.

«Nous devons élever les aspirations de tous. Un enfant né en Italie de parents philippins, nigérians, chinois, roumains ou péruviens, ne doit plus grandir convaincu qu’il ne peut faire que quelques boulots et qu’il n’a aucune chance d’atteindre les plus hauts niveaux de leadership. Nous devons lever tous les obstacles et permettre à chacun de voler haut», dit le manifeste du Mouvement, qui vise à recueillir les adhésions des citoyens individuels de toutes nationalités, associations, organisations et groupes, dans tous les secteurs. Du reste, le slogan du mouvement parle clair: «L’Italie est de qui l’aime».

«Ce n’est qu’étant unis qu’on devient forts et nous pouvons gagner cette bataille pour les droits civils. C’est aussi le moyen le plus efficace de lutter pour la justice et de contribuer à la création d’une classe dirigeante qui aime vraiment notre chère Italie», conclut le texte.

Potentiellement, le mouvement CARA ITALIA peut atteindre au moins un million et demi d’immigrés et de nouveaux Italiens, à travers les journaux et les sites web du groupe éditorial “Stranieri in Italia Srl” qui en fait la promotion.

Veronique Virgilio

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