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CONGOS: Tripatouillage constitutionnel – Kinshasa brûle, Brazzaville s’y prépare?

Pouvoir laisser le pouvoir?  

“Double Congo, double dictature”, est-on tenté de dire, paraphrasant le titre d’un thriller américain. C’est la conclusion à laquelle on aboutit, quand on observe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) et le Congo voisin.

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Deux canards boiteux en matière de démocratie. Comme on le sait et en ce qui la concerne, la RDC estle théâtre d’affrontements meurtriers entre forces de l’ordre et manifestants opposés à la loi électorale, qui devrait octroyer un bonus au président Joseph Kabila. Les chiffres sont contradictoires, certes. Mais la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) fait état de dizaines de morts. 

Des tirs à balles réelles sur des manifestants pacifiques ont été relevés. Inconcevable dans un Etat de droit. Et même si elles avaient affaire à des pilleurs comme le défend cyniquement le porte-parole du gouvernement, rien n’autorise les forces de l’ordre à leur ôter la vie. C’est dire que ces tueries dénotent d’une barbarie des autorités de la RDC, et, hélas, d’une dictature. 

Les tensions que vit la RDC n’émeuvent pas

le camp présidentiel de l’autre côté du fleuve Congo? 

Ce, d’autant plus que ces manifestations s’inscrivent dans le cadre d’une protestation contre les dérives autocratiques du président Kabila. Sous prétexte qu’il faut recenser les populations pour le scrutin présidentiel à venir, la majorité présidentielle a adopté une loi consacrant de facto le report de l’élection. Ce qui donne une rallonge au président Kabila en fin de mandat. On sait que le camp présidentiel en RDC avait envoyé une délégation s’inspirer des méthodes de l’ex-parti au pouvoir au Burkina Faso pour tripatouiller la Constitution. Il en a certainement retenu la leçon du “lenga”[1] envisagé un temps par Blaise Compaoré.

Cette rallonge vise certainement à laisser à Kabila, le temps de porter un coup fatal à la clause constitutionnelle limitant le nombre de mandats présidentiels. En restant au pouvoir en attendant que ce recensement se fasse, Kabila se donne le temps et les moyens de peaufiner sa stratégie de tripatouillage constitutionnel, aux fins de faire sauter le verrou limitatif du nombre de ses mandats présidentiels.

Ce faisant, il pourra s’octroyer le droit de briguer un 3ème mandat consécutif. Et pour qui connaît la propension de bien des pouvoirs africains à la fraude électorale, sa réélection ne serait alors qu’un jeu d’enfant.

On ne cessera jamais de déplorer cette attitude des chefs d’Etat africains. Pour eux, il n’y a pas de vie après le pouvoir, pas de raison d’exister en dehors du pouvoir. C’est dommage. Où étaient donc Joseph Kabila et ceux qui défendent aujourd’hui la thèse de la nécessité du recensement? Qu’ont-ils fait depuis tout ce temps, pour brandir aujourd’hui l’absolue nécessité du recensement électoral sans lequel il ne peut y avoir d’élection? Ignoraient-ils après la réélection de Kabila en 2011, qu’ils devaient préparer une présidentielle en 2016?

L’organisation de consultations électorales dans un Etat de droit démocratique, ne saurait être une surprise pour le pouvoir en place. Cet alibi, pire cette argutie, prouve, au mieux, toute l’incurie de ceux qui dirigent ce pays. Au pire il cache mal une intention délibérée du pouvoir de ne pas aller aux élections. Disons-le tout net : le fait pour le pays de ne pas être prêt pour la présidentielle de 2016, a été sciemment organisé. Et il est déplorable que des sénateurs en soient à cautionner une telle ruse préjudiciable à l’avenir de la RDC. Quel héritage ces “sages” veulent-ils léguer aux générations futures? Le chaos, selon toute vraisemblance.

Ces tensions que vit la RDC n’émeuvent visiblement pas le camp présidentiel de l’autre côté du fleuve Congo. Pendant que Kinshasa brûle, Brazzaville s’y prépare. Le président Denis Sassou N’Guesso ne se laisse pas instruire par ce qui se passe chez son voisin. Lui, a trouvé une autre argutie au secours de son projet de tripatouillage constitutionnel. Il veut tout simplement “moderniser” la Constitution de son pays. Rien que ça!

Après plus de 30 ans au pouvoir avec la petite parenthèse du pouvoir de Pascal Lissouba, le chef de l’Etat congolais se rend compte, subitement, que la Constitution de son pays est archaïque. On s’en serait bien marré si la situation n’était pas dramatique. Qu’a le président Sassou à donner encore au peuple congolais, qu’il n’a pas pu donner pendant plus de 30 ans au pouvoir? La vérité, c’est que, comme les autres dictateurs du genre, il rêve de mourir au pouvoir.

Le sang qui coule sonnera davantage la révolte 

Finalement, ces deux Congo ont beaucoup de points communs. Ils sont tous les deux gâtés par Dame Nature. Aussi, les deux pays sont, à ce jour, dirigés par des militaires prétendument reconvertis. Et ceci expliquant peut-être cela, ils ont en commun une gouvernance exécrable. Ces deux chefs d’Etat représentent aujourd’hui une sorte de coalition contre la démocratie. Le drame, les immenses richesses naturelles de leurs pays leur offrent des moyens de chantage ou à tout le moins, des moyens de résister aux pressions occidentales.

De plus, l’environnement immédiat de ces pays ne les aide pas. Ils sont en effet entourés par d’autres fossoyeurs de la démocratie comme le président angolais Dos Santos. Ces homologues qui ne cracheront pas eux-mêmes sur le pouvoir à vie, s’ils en ont l’occasion, représentent pour ces tripatouilleurs une sorte d’assurance-vie, plus exactement d’ “assurance-pouvoir”. Malheureusement, les grandes démocraties, malgré leurs réactions, n’ont pas vraiment la tête à ces débats actuellement, beaucoup plus préoccupées qu’elles sont par le combat contre le terrorisme, notamment contre Boko Haram et Daech (que d’aucuns soupçonnent meme etre leurs créatures). Et il ne faut pas non plus compter sur l’Union africaine (UA). Comme d’habitude, l’organisation africaine brille par son silence. Les tueries de manifestants à Kinshasa, elle n’en dit mot. Elle ne se manifestera qu’en cas de coup d’Etat.  

Cela confirme si besoin en était encore, que seuls les peuples sont maîtres de leur destin. Plus ils seront déterminés à défendre la démocratie, plus ces satrapes auront fort à faire. Et le sang qui coule sonnera davantage la révolte. Mais Kabila devrait comprendre que la répression n’est pas la solution. Au contraire, plus elle s’abattra, plus elle provoquera la colère des populations. Comme l’a si bien dit l’archevêque de Kinshasa, Monseigneur Laurent Monsengwo, les autorités doivent cesser d’ôter la vie de leurs concitoyens. C’est aux antipodes des valeurs de la démocratie et du respect du droit le plus fondamental de l’homme qu’est le droit à la vie.

Le sang des manifestants versé, des jeunes pour la plupart, est un mauvais présage. D’autant que le mouvement commence à toucher d’autres localités de la RDC, l’Est notamment. Des voix discordantes se font également entendre au sein même du parti du président Sassou N’Guesso. Et si cette dynamique se poursuit, la fin n’est peut-être pas loin pour Kabila, mais aussi pour son homologue de l’autre côté de la rive.

[1] Sorte de “bonus” en langue nationale mooré (Burkina Faso).

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