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SENEGAL: L’agriculture pour freiner l’émigration clandestine

Les femmes contre l’infame… émigration!

Le Collectif des Femmes contre l’Emigration Clandestine (COFLEC) de Thiaroye-sur-mer, dans la banlieue de Dakar, au Sénégal, se retrouve, 5 ans après sa création en 2007, avec un chiffre d’affaires de 35 millions CFA (environ 70.000 dollars) annuel grâce à plusieurs activités.

L’objectif du COFLEC est de combattre l’émigration clandestine, notamment à Thiaroye-sur-mer, une localité de pêcheurs fortement touchée par le drame. L’émigration clandestine vers l’Espagne avait fait au Sénégal en 2006 des centaines de morts, plusieurs détenus et de nombreux rapatriés.

Des statistiques de cette association indiquent que dans cette aventure hasardeuse, 156 jeunes Sénégalais de cette localité avaient trouvé la mort, laissant 88 orphelins, tandis que 374 mineurs étaient détenus en Espagne et 210 jeunes rapatriés d’Espagne, du Cap-Vert et du Maroc.

Eu égard à tout cela, j’ai décidé, après les cérémonies funéraires, d’organiser les femmes qui ont perdu leur mari ou leurs fils ou frère lors de cette traversée, et de créer une association de lutte contre ce fléau“, déclare Yayi Bayam Diouf, présidente du COFLEC.

Depuis lors, son collectif, avec ses 375 membres, s’est illustré dans des activités génératrices de revenus et des campagnes de sensibilisation pour dissuader les éventuels candidats à l’émigration.

L’association s’est ainsi lancée dans la transformation de fruits de mer en poisson fumé, séché, poisson braisé, crevette séchée, et vend 3 tonnes de produits par an, pour environ 10 millions CFA (20.000 dollars), indique Diouf à IPS.

Le collectif transforme également des fruits et légumes en jus, avec une production de 8 tonnes par saison: le Ditakh, les mangues, les mades, le citron, les oranges, le bissap (l’oseille), et le gingembre. Cette production leur rapporte quelque 4 millions CFA (8.000 dollars), ajoute-t-elle.

Le COFLEC produit aussi du savon à base de produits locaux (huile de palmiste, huile de palme, soude acoustique, beurre de karité, et huile de nime) pour un total de trois tonnes la saison, vendues à 8 millions CFA (16.000 dollars).

Les céréales locales (mil, maïs, niébé), transformées en couscous et brisure de mil pour une production annuelle de cinq tonnes, leur rapportent 2 millions CFA (4.000 dollars).

Tous ces produits, affirme la présidente du COFLEC, estimés au total à environ 30 tonnes par saison, sont vendus sur le marché local, mais aussi au Mali, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en France, en Espagne, en Italie et aux Etats-Unis, notamment lors des foires.

Le collectif a initié en outre un système de microcrédit et débloque chaque année 10 millions CFA au profit de ses membres, mais aussi des rapatriés d’Europe. En plus, le COFLEC a financé l’achat de deux pirogues bien équipées à 50 millions CFA pour 50 anciens passeurs, dans le but de les recycler dans la pêche, explique Diouf à IPS.

“Nous avons réuni ce montant grâce à nos propres cotisations et à un financement d’une fondation française ‘BENETOU’. La coopération espagnole nous a aussi appuyées sous forme de crédit”, souligne la présidente du COFLEC.

Abiboulaye Diouf, le chargé des projets et programmes de la Fondation ‘Habitafrica’ (un des partenaires financiers du COFLEC), basée à Dakar, a rappelé la collaboration entre les deux organisations, qui a commencé au lendemain des funérailles des victimes de l’émigration clandestine.

Après 5 ans d’activités, Diouf juge positives les actions des femmes dans leur lutte contre l’émigration clandestine, marquée par une forte campagne de sensibilisation, mais aussi par la création d’une centaine d’emplois, grâce à la mise en place d’unités de production. Il salue également la création d’une mutuelle de crédit ainsi que la formation et l’encadrement de plus d’une centaine de femmes et de jeunes filles grâce au COFLEC.

Doudou Ndoye est pêcheur habitant Thiaroye-sur-mer. Il était passeur lors de la vague d’émigration clandestine, avant de se reconvertir dans la lutte contre ce fléau, grâce au COFLEC. Il se souvient aujourd’hui avec amertume de la perte des dizaines de jeunes compatriotes qui rêvaient d’un avenir plus radieux en Europe.

C’est un ami pêcheur qui m’avait introduit dans ce travail de passeur qui consistait à recruter des candidats pour des piroguiers qui assuraient la navette entre les îles Canaries (Espagne) et les côtes mauritaniennes. Nos clients déboursaient entre 200.000 et 300.000 CFA (entre 400 et 600 dollars) par personne, à raison de 96 passagers par pirogue. Personnellement, j’ai 7 cousins portés disparus en haute mer. Ils n’ont plus fait signe de vie. Dans mon seul quartier, sept autre jeunes ont péri en mer, deux rapatriés après avoir été capturés par les gardes-côtes marocains“, raconte Ndoye, la voix cassée par l’émotion, rappelant aussi la mémoire de son ami et ancien complice Sarr, disparu en mer, alors qu’il embarquait à son tour dans une pirogue dans l’espoir de trouver l’Eldorado en Europe.

 

 

 

 

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