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PASCALINE ZAMUDA: 27 ans et membre du cabinet du Premier ministre congolais Matata

“Role model” pour les jeunes!

À 27 ans, Pascaline Zamuda est conseillère dans le cabinet du Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo. Cette ex-déplacée de guerre dans l’est de la République démocratique du Congo a aussi créé une organisation qui encadre des jeunes désœuvrés du Congo. Voici son histoire.

altCertains la qualifient d’indépendante et d’ambitieuse. D’autres sont convaincus qu’elle est plutôt chanceuse et charmante. Les proches de Pascaline Zamuda, 27 ans, ont du mal à cerner le caractère plutôt dominant de la cadette du cabinet du Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo.

Un des ses amis n’en revient pas: “Je connais peu de filles de son âge qui sont si travailleuses et déterminées dans ce qu’elles entreprennent. Je crois que son passé, son expérience jouent un rôle important dans sa vie.”

Et Pascaline le reconnaît: “J’ai connu des hauts et des bas dans ma vie. L’essentiel c’est que je me suis toujours adaptée aux situations. Je ne me suis jamais laisser découragée ou affaiblie par des conjonctures de la vie.”

Des défis, elle en a connus. En octobre 1996, peu avant la guerre de libération, le Congo s’appelle encore le Zaïre. Pascaline a 10 ans. Loin de sa ville natale du centre du pays, Kananga, elle et sa famille se retrouvent à Bukavu, dans l’est. Son père, enseignant, a été muté dans la capitale du Sud-Kivu. Les Zamuda vivent modestement. De temps en temps, après les cours, Pascaline et ses sœurs aident leur mère à vendre des beignets, au coin de la rue. Pas trop de temps pour les copines du quartier. “Je me souviens, un jour, maman est venue nous chercher pendant que nous jouions avec des amies. Je n’avais pas de choix. Il fallait abandonner mes copines“, se souvient-elle.

La guerre, les cadavres et les épidémies

Cette vie sera perturbée par l’avancée des troupes de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), la rébellion qui veut chasser le dictateur Mobutu du pouvoir. Un violent affrontement entre les rebelles et les troupes gouvernementales éclate à Bukavu. Les Zamuda sont obligés de fuir. Avec les moyens du bord, ils prennent le cap vers l’ouest. Destination, la ville de Kindu, à pied. 600 km en 32 jours. “C’était pénible. Nous étions nombreux au départ, mais peu à l’arrivée. Certain étaient morts en cours de route. Des enfants surtout. J’ai vu des cadavres dès le bas âge“, se remémore-t-elle.

À Kindu, Pascaline et sa famille vivent dans des hangars et des églises. Les études sont stoppées. Les humanitaires dans la région les appellent des “déplacés de guerre”. Ils affrontent des maladies et des épidémies. Elle se souvient encore de ces conditions difficiles: “J’avais l’impression de me trouver dans un pays étranger. Les gens mouraient tous les jours de maladies mal soignées“.

Deux ans après, c’est le retour sur Bukavu, en ruines. Les impacts de balles et obus témoignent encore de l’intensité des combats. “Mon papa n’avait plus les moyens d’assurer mes frais scolaires. L’avenir était incertain“, dit-elle. C’est la débrouillardise. À 12 ans, elle participe à des concours et castings. Elle décroche son premier boulot comme “enfant reporter” dans une organisation internationale.

Le journalisme, l’amour et ses études

Elle y apprend les rudiments du journalisme. Pascaline sillonnera les rues de Bukavu avec son calepin et son enregistreur à la recherche de témoignages d’enfants soldats. Elle gagne un peu d’argent, ce qui lui permet de poursuivre parallèlement ses études. “Dès le bas âge, j’ai appris à travailler dur pour gagner la vie. J’ai financé moi-même mes études secondaires et universitaires“, confie-t-elle.

En 2008, elle tombe amoureuse et se retrouve enceinte sans être mariée. “C’était un coup dur pour moi. Je devais affronter les regards des voisins tous les jours. Dans notre société, c’est toujours mal vu d’avoir un enfant hors mariage. Heureusement que j’avais le soutien de ma famille“, lâche-t-elle.

Fille mère et reporter

Elle reprend les études, un mois après son accouchement. Le mariage n’aura jamais lieu. “J’étais mère et fille en même temps. Oui, des stéréotypes existent sur des filles mères mais il faut les refouler. C’est ce que j’ai fait.” Elle intègre alors l’Association des Femmes des Médias du Sud-Kivu (AFEM), une structure spécialisée dans la production d’émissions de radio. Là, elle est distinguée par la MONUSCO (Mission des Nations Unies au Congo),  avec le prix du meilleur reportage sur les droits de l’homme.

Diplôme de sociologie en poche et avec son expérience de terrain, Pascaline est contactée par le cabinet du Premier ministre, Augustin Matata Mpoyno. Elle rejoint Kinshasa, la capitale: “Quelqu’un qui connaissait mes compétences m’a proposé cette opportunité, je devais la saisir. À la primature, je travaille dans la cellule des opérations des vols du gouvernement. Ce sont d’autres challenges et expériences. J’apprends beaucoup“, affirme-t-elle.

“Role model” et des projets à revendre

Dans 5 ans, Pascaline se voit en “role model” [un exemple, en français, NDLR] pour des milliers de jeunes au Congo. Elle compte travailler en faveur des jeunes désœuvrés. Elle s’y met déjà avec le Cadre de Récupération, d’Encadrement et d’Epanouissement Intégral des Jeunes (CREEIJ), une organisation sans but lucratif qu’elle a récemment créée.

Je reviens de loin. J’ai eu la chance d’être encadrée par des organisations. À mon tour d’offrir à d’autres jeunes la même chose“, explique Pascaline.

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