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MUSIQUE NIGERIANE: Les raisons de la percée d’une coqueluche irrésistible

Des “gosses” vrais “boss” à Lagos!

Au cours des décennies 70 et 80, la musique nigériane a plané sur la musique africaine, faisant ses beaux jours. Avec de grands noms comme Prince Nico Mbarga, Fela Anikulapo Kuti, Sonny Okosun, King Sunny Ade, etc. Et, après, elle a connu une certaine léthargie. Mais, depuis au moins 5 ans, les artistes nigérians observent un certain retour sur la scène internationale. Et de la plus belle manière. Quelles en sont les raisons?


Gros marché pour ses artistes, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique avec une population de plus de 162 millions d’habitants en 2011 et connaît une très forte croissance démographique. Les Nigérians consomment avidement ce que leurs proposent leurs artistes. Ce qui explique qu’il y en a qui vendent des millions d’exemplaires de leurs oeuvres dans ce vaste pays, sans oublier à l’international.

Mais pour arriver à accrocher leur public tant en interne qu’à l’international, ils ont dû batailler dur et surtout viser l’international avec leurs principes et les préceptes du showbiz tel que conçu et perçu par les Occidentaux, surtout les Américains. Et la mayonnaise a pris. Pour donc arriver à leurs fins, les artistes nigérians ont pris sur eux de mixer la musique africaine (afrobeat, high life, juju, etc. ) qui, avec le hip hop, qui avec le reggae, qui avec le jazz, qui avec la soul music, qui encore avec le dance hall. Mais il y a aussi l’importation des instruments tels que le piano, la trompette et autres, qui ont toutefois leurs origines du Nigeria.

Pour agrémenter le tout et pour booster leur carrière, ces artistes procèdent par collaboration ou featurings avec des stars mondialement connues ou dont la carrière est prometteuse ; ce qui les met en situation de gagnant-gagnant.

Dans cette veine, on a vu des artistes comme les P-Square faire des featurings avec la star américaine d’origine haïtienne Rick Ross avec les titres « Bea » et «Beautiful Onyinye ». Les P-Square ont aussi joué un titre (« Chop my money ») avec la méga star Akon. Récemment, on les as vus avec la star du RnB français Matt Houston pour le titre « Positif », une reprise de « E no easy ». Ils ne se sont pas arrêtés là, puisqu’on les retrouve dans des featurings (« E no easy », « Good or bad ») avec, entre autres, leurs compatriotes J Martins, 2Face Idibia. Bracket, lui, a sur le titre « Girl » chanté avec Wizkit. J. Martins, qui va de featuring en featuring, s’est déjà « compromis » de la sorte avec beaucoup d’artistes et groupes d’artistes. On retiendra Les Patrons (« Près du coeur ») sur leur tout dernier, Fally Ipupa (« Jupka »), Bracket, Resonance, Timaya, 2Face Idibia, Sasha, Illbliss. D’Banj a fait un featuring (« Mr. Endowed ») (Remix) avec le rappeur américain Snoop Dogg.

Outre les featurings qui leur permettent d’avoir une bonne visibilité à l’international et de toucher de nouveaux marchés, il y a les récompenses qu’ils glanent au cours de nombreuses cérémonies de distinctions (notamment les Hip hop World Awards, Mtv Africa Music Awards, Channel O Music Video, Nigeria Entertainment) qui profitent à leur carrière.

Prendre part à ces cérémonies, qui se tiennent la plupart du temps au Nigeria même, est une occasion fortuite pour la bonne continuation de leur carrière. On voit ce qu’apportent aux artistes américains dans leur carrière les Grammy Awards.

Ce qui marque aussi chez les artistes nigérians, c’est indéniablement la qualité de leurs clips. « Do me », « Chop my money », « Bea » des P-Square sont un vrai régal pour les yeux. Réalisés par l’incontournable Engees Okoye, leur grand frère. On croirait avoir affaire à des Américains avec des clips faits au pays de l’oncle Sam. Tous les artistes nigérians mettent aujourd’hui un point d’honneur à faire des clips aux standards internationaux qui défilent en boucle sur les chaînes musicales internationales comme Mtv, Trace. Le clip vidéo accompagne le titre dans sa promotion et ouvre d’autres horizons à l’artiste qui se voit téléchargé et reconnu par les mélomanes.

Les artistes nigérians ont bien appris avec les Américains. Et la recette fait mouche. Avant la sortie de leur album, ils sortent les singles de leur galette, font réaliser les clips de tous les titres, assurent la promotion en interne comme à l’international de leur oeuvre. Puis la sortie de l’oeuvre est suivie d’une tournée internationale.

La conséquence? L’oeuvre connaît une certaine pérennité sur le marché. Mais surtout ils arrivent à fortement la rentabiliser. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux font partie des écuries de grands labels. Par exemple, Akon a décidé de prendre sur sa coupole 2Face Idibia via son label Konvict Muzik. Quant à D’Banj, il fait partie de l’écurie du label G.O.OD Music et est le nouveau protégé du rappeur américain Kanye West. Aussi, font-ils les grandes scènes du monde et se produisent en live avec des formations qu’ils ont montées. Flavour était dernièrement en concert à Kinshasa, précisément au Roméo Golf où il a fait une prestation au top. Il y a des tourneurs à qui ils sont liés. Leur carrière est gérée au quotidien par des manageurs et se font entourer par tout un staff de professionnels qui mettent assez de sérieux dans la gestion de la carrière de leur poulain.

Alors encore presque inconnu du grand public il y a cinq ans, la musique nigériane ne cesse de conquérir de nouveaux mélomanes. Aujourd’hui, les noms comme P-Square, J. Martins ou encore Bracket sont connus de tous.

Même les stars congolaises se ruent vers ces artistes pour un featuring. Tel a été le cas de Fally pour son featuring avec J. Martins sur « Jupka ». On a aussi des échos faisant état de ce que Ferre Gola, actuellement en studio, prépare également pas moins de 2 featurings avec les artistes nigérians. Ici, Les Patrons ont coopté J. Martins pour le titre « Près du coeur » de leur dernier cru.

Cette ruée musicale concerne aussi les producteurs congolais. Beaucoup, en effet, ont voyagé ces derniers temps au Nigeria à la recherche de nouveaux talents. D’autres encore comme la jeune maison de production qui monte, ‘Amisca’ de Julien Kitenge, se sont désormais spécialisées dans le management de ces nouveaux artistes et dans l’édition des compilations musicales spéciales Nigeria.

Alors, la musique nigériane est-elle en train de devenir le fer de lance de la musique africaine ? Tout porte, en tous cas, à le croire.

 

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