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MOHAMAD GASSAMA: «François Hollande conçoit une relation avec le continent fondé sur l’égalité et la solidarité»

Élu socialiste en France.

Mohamad Gassama est un élu socialiste, diplômé en Commerce international dont le père est originaire de Marsassoum (région de Ziguinchor). Ce jeune adjoint à la mairie du 20e arrondissement de Paris, chargé des Relations internationales, des liens culturels et de la Francophonie a de l’ambition et une vision particulière des futures relations franco-sénégalaises: les propositions de Hollande pour l’Afrique, rupture avec la Françafrique…


Comment êtes-vous arrivé à la politique?

Mohamad Gassama: Je dois à la vérité dire que dès 15 ans, j’avais déjà envie de m’engager. Les idées du Parti Socialiste (PS) me plaisaient. Je n’ai pas voulu le faire après le 21 avril 2002 qui voyait Jean-Marie Le Pen du Front national arriver au second tour de la présidentielle. Lionel Jospin, le candidat socialiste éliminé au premier tour. Un véritable choc. Personnellement, j’avais une colère intérieure. Une révolte, parce que je me suis toujours dit que ma citoyenneté était un fait. Je n’avais peut-être pas la maturité politique d’aujourd’hui, mais mon analyse m’amenait à penser que certains de mes compatriotes français n’avaient pas compris. Je ne concevais pas aussi un engagement uniquement dicté par la colère. Ma réflexion a muri par la suite.

Quel a été le moment déterminant?

Mohamad Gassama: Ma citoyenneté a toujours été un fait. Une citoyenneté basée sur l’ouverture vers l’Europe. En 2005, il y avait en France le référendum pour la ratification du traité européen. Donc, ce moment a été décisif. A 25 ans, j’ai pris ma carte au Parti socialiste et je me suis investi dans la campagne pour le « Oui ». C’était une première expérience malheureuse, puisque le « Non » est sorti vainqueur. Après le traité, je me suis dit que j’allais m’engager concrètement.

Comment en êtes-vous arrivé à un poste d’élu municipal?

Mohamad Gassama: Après le référendum sur le traité européen, j’ai commencé à nouer des contacts et à me passionner pour la politique. A partir de certaines connaissances, je me suis rapproché des bonnes personnes. Ce fut le cas avec la future maire du 20e arrondissement. Au moment des investitures de 2008, j’étais sur les listes municipales. Je suis conseiller d’arrondissement, adjoint en charge des Relations internationales, de la Francophonie et des liens interculturels.

Quelle est votre analyse du débat entre Hollande et Sarkozy?

Mohamad Gassama: Il me semble que François Hollande l’a emporté, car il avait une force de proposition. Il a rappelé le bilan pas glorieux de Sarkozy, après cinq ans à la tête de la France. Hollande s’est révélé en homme d’Etat, avec une carrure, une autorité. Nicolas Sarkozy était sur la défensive

Quels sont les enjeux de cette fin de campagne?

Mohamad Gassama: C’est de faire des propositions et d’apporter, une fois aux commandes, puissance et vitalité économique à la France. Il s’agit également de réhabiliter certaines valeurs : liberté, égalité et fraternité de la République qui sont bafouées depuis 10 ans. Nicolas Sarkozy a cassé ces valeurs. Son bilan économique est mauvais. Il faut faire de sorte que la cohésion nationale continue.

Quel diagnostic faites-vous du quinquennat de Sarkozy?

Mohamad Gassama: François Hollande a fait un score très élevé au premier tour. La France a voulu montrer une envie de changement. Pourquoi ? Le pouvoir a laissé faire. Claude Guéant, Brice Hortefeux, la circulaire Guéant. Tout ce discours nauséabond a fait un sentiment de division. Le résultat est le score du Front national (18 %). Nicolas Sarkozy parle comme le Fn. En France, on a un problème de pouvoir d’achat. François Hollande a mis dans le pacte européen la croissance afin de pouvoir créer des emplois. Ce qui n’est plus le cas depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy. Au sein même de l’Ump, il y a des gens qui ne sont pas d’accord.

 

Quelles sont les mesures phares de François Hollande?

Mohamad Gassama: Il y a le contrat de génération. Il prévoit que les entreprises gardent les séniors et insèrent des jeunes dans la vie économique. Cela va baisser le chômage et va assurer une bonne transmission de l’expérience des séniors. L’entreprise bénéficie ainsi d’une relation intergénérationnelle fructueuse. Notre candidat s’est engagé à donner des moyens pour la recherche, la croissance verte.

Le Parti Socialiste va-t-il donner un nouveau souffle à la coopération entre la France et l’Afrique?

Mohamad Gassama: La première décision sera une vraie rupture avec la Françafrique. Le Parti socialiste conçoit une relation avec l’Afrique fondée sur l’égalité, la solidarité. Nous comptons renforcer la coopération décentralisée, en misant sur les échanges entre villes françaises et africaines sans intermédiaires, pour que l’aide puisse accéder directement aux populations. François Hollande l’a déclaré lors du débat avec Nicolas Sarkozy. Il va revenir sur la circulaire Guéant qui restreint les possibilités d’embauche des étudiants étrangers diplômés dans les universités et grandes écoles françaises. C’est une richesse qui participe au rayonnement de la France dans le monde et non un poids économique. Quand on forme quelqu’un, il devient votre ambassadeur dans le monde.

 

Et pour l’immigration?

Mohamad Gassama: L’Assemblée, avec le gouvernement, va décider des entrées d’immigrés par an. Nous allons hériter d’une situation difficile. L’immigration n’est pas un des maux de la France. Ce sera avec des règles. Si nous avons une situation économique qui le permet, les frontières seront davantage ouvertes. Il faut être gestionnaire et non idéologue.

Sur la question des sans papiers, en ce moment, c’est de l’arbitraire. Il n’y a pas de conditions uniformes pour les régularisations. Elles se feront sur des critères objectifs, au cas par cas, que tous les préfets seront obligés de faire. Pour le droit de vote des étrangers, je crois que c’est clair. François Hollande est en faveur du vote des étrangers hors communauté établis régulièrement en France depuis 5 ans, pour les élections municipales.

Quelle est votre ambition postélectorale?

Mohamad Gassama: En politique, l’ambition est à la fois personnelle et collective. L’ambition collective est que le Ps gagne la présidentielle. Je reste ambitieux, mais un poste de ministre, par exemple, dans le prochain gouvernement ne serait pas une bonne chose. L’expérience des ministres dits de la diversité lors de l’arrivée de Sarkozy est très enrichissante. Elles ont été baladées pour du coloriage politique. Je veux d’abord avoir un ancrage politique local, c’est la leçon que j’ai tirée de la présence de Rama Yade, Rachida Dati ou Fadela Amara après l’élection de Sarkozy, en 2007.

Avec vos prérogatives à la mairie du 20e, chargé des Relations internationales, des liens interculturels et de la Francophonie, avez-vous des projets avec le Sénégal?

Mohamad Gassama: Dans mes responsabilités à la Francophonie, j’ai eu à rencontrer le président Abdou Diouf. Je crois que le Sénégal lui doit beaucoup sur cette tradition et transition démocratique. Donc, j’ai une certaine fierté de voir le pouvoir se transmettre pacifiquement avec l’arrivée au pouvoir de Macky Sall. La mairie du 20e est jumelée avec Kayes au, Mali, mais à travers une association de migrants, nous avons un projet de centre éducatif, pédagogique et scolaire avec Thialy, qui se trouve dans le Nord.

 

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