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ITALIE – Délires d’ignorance raciste contre des italiens noirs à Milan

Deux épisodes de racisme perpétrés par des ignorants qui ont pris comme cibles deux noirs, l’un père d’une famille mixte et un sacristain, ayant tous deux la nationalité italienne.

 

Dans le bus pour Piazzale Cadorna, à Milan, il y a une famille “mixte”: papa noir, maman blanche, petite fillette métisse. Valises en remorque, vêtements de voyage, ils vont prendre le petit train qui relie Cadorna à l’aéroport de Malpensa. Deux grands hommes montent, probablement habitués des kiosques de la place qui, contrairement à l’aplomb des bureaux environnants, rassemblent à toute heure du jour une humanité variée et désespérée.

L’un d’eux cible immédiatement le père et commence à dire d’une voix traîneuse mais de plus en plus haute: “Les nègres italiens, ça n’existe pas. Il n’y a pas de nègres italiens“. Le père ignore la provocation, mais la fillette observe avec une logique implacable: “Papa est noir, il est italien. Cet homme ment“. “Ou peut-être une stupidité“, dit la mère. Le bus arrive à destination. La famille descend. Les ivrognes aussi. Heureusement, l’affrontement n’a pas dépassé le plan verbal.

A Deodatus Nduwimana, sacristain de la Basilique de Santa Maria Assunta à Gallarate, non lion de là, les choses ont été pires. Le bon à rien (un “imbécile” selon la définition standard des médias) qui stationne sur le gré de l’église et qui, depuis des années, l’insulte et le provoque sur la couleur de sa peau (le samedi 17 août) l’a frappé avec violence, le faisantt tomber et lui a causé une grave blessure aux épaules. Nduwimana, originaire du Burundi et en Italie depuis 1993, a acquis la nationalité italienne, il y a 4  ans. Jusqu’à présent, il avait laissé tomber. Maintenant, il fera une dénonce.

Le premier épisode ne sera certainement pas compté dans les statistiques. Le deuxième épisode le sera probablement. En tout état de cause, on ne dispose pas de données précises sur les épisodes de racisme et les crimes dits haineux (et nous expliquerons plus loin pourquoi), mais le sentiment général, confirmé également par une attention plus marquée et peut-être pas totalement impartiale des médias, est que leur nombre augmente. Et très souvent, et ce n’est pas un hasard, ce sont des sujets fragiles qui les accomplissent, comme les ivrognes de Cadorna, le néophyte de Gallarate, ou les adolescents des banlieues. 

La propagande raciste, la rhétorique souverainiste ont une emprise rapide et facile sur ces types de personnes qui, à leur tour, ont souvent une faible conscience de leurs actions et sont très affamés d’une rédemption facile et immédiate. La haine et la désinformation sont distillées ailleurs, mais ils sont prêts à en boire et à se salir les mains.

L’attention des médias “mainstream” à l’égard du racisme s’est enflammée depuis l’été dernier, lorsque le gouvernement jaune-vert (M5S et Lega) a pris le pouvoir, aujourd’hui en pleine crise. Bien qu’en retard sur la réalité, il a néanmoins commencé à prendre en compte un phénomène réel, inquiétant et croissant. Contrairement à d’autres pays européens, il n’existe pas en Italie de base de données officielle qui recueille et publie cycliquement les chiffres sur ce type d’agression. Il existe plusieurs agences dédiées: UNAR (Bureau National), OSCAD (Observatoire des Chroniques Discriminations). Mais il n’y a pas de coordination centrale. L’Observatoire lui-même, en réalité, se limite à surveiller l’actualité et à recueillir des rapports. Il représente une archive précieuse pour ceux qui souhaitent la consulter, mais ses données n’ont pas de valeur statistique ou quantitative. 

L’absence de données officielles peut en effet représenter un obstacle à la compréhension du phénomène et donc à l’élaboration de réponses appropriées. D’autre part, il n’est pas nécessaire d’avoir les statistiques pour être au courant de l’évolution en cours et, en particulier, l’absence de remord, surtout verbale, produit un babillage collectif de grande violence et d’inexactitude. Il suffit pour ainsi dire d’utiliser les transports publics ou les réseaux sociaux. A allumer la mèche, nourrir et souffler sur le feu du babillage, ce sont aussi et surtout les dirigeants politiques.

Et c’est incroyable comment, dans un moment historique où de la part des entreprises et de la publicité, on exige une communication “politiquement correcte” (pensez au “cas” Alitalia avec le spot avec le faux Obama, mais on pourrait citer bien d’autres échecs épiques de la publicité…), on laisse les représentants des institutions pratiquer impunément des discours de haine, le “politically no correct” et la diffusion de fausses nouvelles. Matteo Salvini, a été jusqu’à présent, un brillant exemple de ce modus operandi. La base l’émule comme elle sait et comme elle peut. Mais pour passer du babillage à l’action, du pouvoir à l’action, une étincelle suffit.

Je pense que papa n’a pas réagi parce que maman et moi étions là. Sinon, il les aurait battus“, dira la fillette quelques jours plus tard, revenant sur l’épisode. “Ça veut dire qu’on devrai toujours être avec papa, pour éviter qu’il se fasse mal“. Mais la solution, sur le plan civique et social, ne peut pas être celle-là.

 

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