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BURKINA FASO: Diendéré remis aux autorités par la Nonciature – Colis précieux à manipuler avec précaution

Le Nonce rénonce! 

C’était fini mais ce n’était pas encore vraiment la fin. En obligeant les rebelles de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) à déposer les armes ou à prendre la poudre d’escampette au son de la canonnière, l’armée loyaliste qui avait lancé l’assaut le mardi 29 septembre 2015 sur le camp Naaba-Koom II avait théoriquement mis un terme à la crise ouverte par le coup d’Etat perpétré le jeudi 17 par le général Gilbert Diendéré. 

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En théorie seulement car deux jours après la libération de cette caserne que d’aucuns assimilent volontiers au sinistre camp Boiro de Sékou Touré, et au lendemain de la visite sur ce terrain conquis du président Michel Kafando, l’on se demandait toujours si cette page sombre de l’histoire burkinabé, qui n’aurait jamais dû être écrite en lettres de sang, était définitivement tournée. 

D’abord parce que, jusqu’à preuve du contraire apportée officiellement par le chef d’état-major général des armées, le général Pingrenoma Zagré, il n’est pas certain que tous les rebelles soient rentrés dans le rang, les fesses bien serrées. Certains sont sans doute encore dans la nature et tant qu’ils y seront, ils constitueront un danger potentiel qu’on aurait tort d’ignorer ou de négliger; surtout qu’on sait que ce sont des commandos rompus à toutes sortes de techniques.  

Mais le plus grave, c’est que le chef des putschistes lui-même, qu’on couvrait de tous les mythes et de toutes les légendes possibles, alors que la pluie d’obus et de roquettes commençaient à s’abattre sur son repaire, a honteusement fui pour se terrer, tel un rat, dans une chancellerie que les autorités se refusaient jusqu’à hier à nommer ; même si tout indiquait qu’il s’agissait de la Nonciature apostolique. C’est-à-dire, en français facile, de l’ambassade du Vatican au Burkina, au même titre que ceux des Etats-Unis, de la France ou de la Côte d’Ivoire. Or, qui dit représentation diplomatique dit espace d’extraterritorialité, inviolable de ce fait, et y pénétrer sans l’accord préalable des résidents reviendrait à envahir le pays qu’il représente, et donc constituerait une déclaration de guerre. D’où les tractations qui se menaient depuis entre le Saint-Siège et le gouvernement burkinabè sur le sort à réserver à ce précieux mais combien encombrant colis.

Voici donc Golf qui, après avoir commis «le putsch le plus bête du monde» (Alpha Condé dixit), avait réussi le tour de force, par on ne sait quel don d’ubiquité, d’être chez lui tout en étant à l’extérieur. Réfugié dans son propre pays. A dire vrai, sous la protection divine comme il l’était, il pouvait difficilement trouver meilleure planque, mais il aurait eu beau brûler tous les cierges du Nonce, on ne voit pas comment il aurait pu échapper à son destin qui l’attendait, implacable, hors de l’enclave diplomatique. Le fugitif a donc finalement été remis hier à 14h30 aux autorités burkinabè et les choses ne pouvaient que se passer ainsi. C’était simplement une question de temps. Car qu’il y ait ou non des accords d’extradition entre le Burkina et le Vatican, on ne voyait pas trop comment, miséricorde pour miséricorde, le nonce apostolique Monseigneur Piergiorgio Bertoldi pouvait protéger éternellement une brebis égarée et il lui aurait bien fallu un jour ou l’autre se résoudre à dire: «Voici votre homme» sans pour autant s’en laver les mains. Quitte à s’assurer, avant de le livrer, que sa sécurité sera garantie et qu’il aura droit à un procès équitable, quand bien même lui n’aurait laissé aucune chance aux douze Burkinabè que sa folie aura fauchés prématurément.

Avec désormais la tête de Diendéré dans la gibecière de Zida, on peut raisonnablement penser que c’est maintenant l’épilogue de la nouvelle fièvre militaro-politique que nous venons de traverser. Mais ceux qui rêvent de pendre à un croc de boucher l’officier à la silhouette interminable devront encore patienter un peu. Reste maintenant en effet, puisque avant le pardon de Bon Dieu il faut que la justice des hommes passe, l’organisation de son procès dont on se demande d’ores et déjà quelle juridiction aura la charge.

Un tribunal d’exception? Certainement pas, car il faudrait le créer exprès alors qu’un principe général de droit, repris par l’article 5 de la Constitution, stipule que «… nul ne peut être jugé et puni qu’en vertu d’une loi promulguée et publiée antérieurement au fait punissable… ». Eu égard à la qualité de l’intéressé et à l’enceinte militaire théâtre des opérations de ces derniers jours, il y a tout lieu de penser que c’est devant le tribunal militaire que le prévenu et ses acolytes comparaîtront. Pour ce qui est des chefs d’accusation, sans préjuger de ce que les spécialistes du droit pourront retenir, il y a de fortes chances qu’ils soient aussi nombreux que les décorations d’un général: atteinte à la sûreté de l’Etat, terrorisme, insubordination, intelligence avec l’ennemi … on aura l’embarras du choix.

Quelle piteuse sortie pour un officier qui, vu de son background, aurait pu, nonobstant les nombreuses casseroles qu’il est réputé traîner, se recycler après la chute et l’exil de son mentor mais qui semble, hélas, frappé de la même fatalité que son maître. Comme s’ils avaient conclu un pacte de sang.

Le précieux colis récupéré, il importe cependant de manipuler avec précaution cette véritable boîte noire du défunt régime, cette mine d’infos qui pourrait faire sauter la République 1000 fois s’il décidait de ne pas plonger seul. Mais on n’en est pas encore là.

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