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BADARA SECK: Succès de critique du dernier album “Farafrique”.

Le grand griot sénégalais est un des plus vaillants exposants et promoteurs de la musique africaine en Italie. Et le titre de son dernier Cd en dit déjà long.

Cette oeuvre du frère et grand musicien sénégalais Badara Seck, est déjà, de par le titre «Farafrique», la volonté de l’artiste d’exprimer, par son talent inné, l’expérience de vie qui a amené ses racines traditionnelles à se confronter avec sa nouvelle condition de migrant intégré dans la société italienne. Votre journal Afri-Nous a échangé avec lui à l’occasion de son exhibition à la fête interculturelle «Uno per Tutti» de Pomezia.


Afri-Nous: Quels sont le sens et les raisons du titre du cd: «Farafrique»?

Badara Seck: Le titre «Farafrique» n’est autre que le mot combiné de « Farafina », qui le nom original de notre continent, avec « Afrique », qui est au contraire ‘appellation donnée par les colonisateurs. Mon idée est donc de récupérer l’histoire du passé. Malheureusement actuellement, on a transformé l’Afrique en un mot qui colle à la pauvreté, à la souffrance. Il faut le changer afin que l’Afrique retrouve le plaisir de vivre sa beauté. L’Afrique, c’est pas seulement la faim et la guerre mais il y a aussi une beauté et c’est ce que j’ai essayé de faire voir dans mon disque, j’ai essayé de refléter la beauté africaine. Les gens en ont marre d’entendre toujours parler de la pauvreté et de la famine.


Afri-Nous: En quels termes les chansons du cd expriment ces concepts?

Badara Seck: Il y a par exemple un morceau qui rappelle que la différence est humaine. Il faut donc la respecter. C’est pourquoi nous avons notre mot à dire. Le destin de l’Afrique c’est nous qui allons le faire pas personne d’autre.

 

Afri-Nous: Dans ton album tu parles également du soufisme. Quelles leçons trouves-tu dans cette discipline?

Badara Seck: Oui il y a une chanson sur le soufisme. Combien de gens en Europe se tuent ou tuent leurs compagnons parce qu’ils n’arrivent pas à affronter les problèmes: la perte du travail, la crise, etc. Le soufisme a donné la réponse: on peut emprunter les moyens qu’utilisent les soufis pour se placer au-dessus des problèmes évitant d’arriver aux gestes extremes. On se bat pour améliorer sa vie mais si tu n’as pas certaines choses, il ne faut pas se tuer. En Afrique on vit toutes ces réalités mais on n’en arrive pas à ce point crucial. Un africain peut vivre dans la rue pendant une année ou plus sans cependant penser à aucun moment de se suicider ou provoquer un massacre.


Afri-Nous: Les Occidentaux peuvent donc apprendre des Africains?

Badara Seck: C’est en fait un donnant donnant. Nous avons de bonnes choses à leur faire apprendre mais nous pouvons aussi copier sur eux de bonnes choses. C’est des gens qui aiment travailler et se lever tôt la matin, voilà une des choses que nous pouvons prendre d’eux. En Europe la course à la consommation fait que les gens n’ont même pas le temps pour les relations humaines ce qui est le contraire en Afrique ou on prend trop son temps si bien que par exemple une simple salutation peut durer des minutes. L’idéal serait que les Occidentaux travaillent un peu moins et saluent un peu plus et que les Africains saluent un peu moins et bossent un peu plus.

Afri-Nous: On n’oublie pas non plus la grande solidarité africaine…

Badara Seck: Ce thème est aussi présent. Les rapports que nous avons avec nos parents, c’est très important pour nous. Les gens se demandent comment est-il possible que, dans ce continent , nous parvenons à vivre avec la crise, avec les rares ressources qu’on a. Eh bien! C’est grâce à la solidarité. Une maman peut aller demander à sa voisine une bouteille d’huile, s’il elle n’en a pas et vice-versa. Depuis la crise, il y a beaucoup de suicides en Europe ainsi que des divorces.

Ils accusent même les étrangers comme étant les causes. Quand il y a des problèmes, il faut aller voir qui s’y connaît. Les Européens devaient aller voir les africains pour leur demander comment ils ont fait pour résister des siècles à la crise.


Afri-Nous: Le thème de la femme ne manque pas, n’est-ce pas?

Badara Seck: Je chante que toutes les femmes affirme qu’elles sont plus libres en Europe certes, nous devons prendre des choses d’eux mais il ne faut pas exagérer. Ici la femme belle c’est celle de taille fine, maigre alors qu’en Afrique une telle femme est timbrée comme une nana qui a faim.


Afri-Nous: Quelque autre argument affronté dans l’album «Farafrique»?

Badara Seck: Le disque parle de l’équilibre. J’ai commencé d’abord à critiquer l’Afrique sur certaines choses. Dommage que je ne l’ai pas fait en italien. Mais on essaie avec Massimo Pagani, mon producteur italien de le traduire pour mieux véhiculer le message. Sauf que franchement il m’est impossible de le chanter en italien car je sens que ça va tuer l’âme de l’oeuvre. J’essaierai de faire un autre disque ou un documentaire pour que les gens puissent piger les paroles des chansons.

Afri-Nous: Ton message aux Africains?

Badara Seck: J’ai besoin du soutien de mes frères africains. Il faut qu’on se soutienne sinon on n’arrivera nulle part car l’union fait la force. Quand je joue quelque part, comme à Napoli avec Massimo Ranieri, il y a tous les jours 2500 spectateurs mais c’est rare de voir les africains. On doit marquer notre présence dans ce pays, en oeuvrant tous ensemble.

M. Kwami & Ndèye F. Seck

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