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AFRIQUE – IRAN: Le président iranien Ahmadinejad au Benin, Niger et Ghana

Attirant le “tyran” d’Iran?

Depuis dimanche 14 avril, le président iranien est l’hôte des Béninois. Après Cotonou, il séjournera au Niger puis au Ghana. Mahmoud Ahmadinejad qui finit son mandat dans quelques mois, place cette visite sous le signe du développement des relations politiques et économiques. A sept reprises, il s’est rendu en Afrique et a visité 11 pays du continent.

altDurant cette autre mini-tournée africaine qu’il vient d’entamer, le chef de l’Etat iranien profitera pour échanger avec les présidents des trois pays visités, et signer des accords de coopération bilatérale. L’étape de Niamey est surtout considérée comme importante. En effet, le Niger est un grand producteur d’uranium. Or, à Niamey, l’on se montre aujourd’hui très critique à l’égard du partenariat avec la compagnie française Areva (anciennement CEA-Industrie). Le nouveau pouvoir socialiste le qualifie de «très déséquilibré», alors que depuis plus de 40 ans, Areva exploite les mines d’uranium dans le Nord du Niger.

Par ailleurs, le contexte international est marqué par une crise sans précédent, née des perturbations du système capitaliste. L’Occident qui est à la peine, doit, au même moment, gérer des rapports subitement tendus avec la Corée du Nord. Les stratèges de l’Iran le savent bien: leurs adversaires sont suffisamment occupés et angoissés. Ils voudraient, sans doute, profiter de l’occasion pour marquer des points. Car, partout, l’Occident, en crise, développe des stratégies pour en sortir. D’autant que dans les pays du Sud, des puissances émergentes commencent à lui disputer, sinon à lui retirer des marchés.

Sont de cet ordre l’Iran, qui ne figure pas parmi ses meilleurs amis. C’est qu’en dehors de son orientation pro-islamiste, Téhéran développe à grande vitesse son programme nucléaire. Des pressions internationales et des nombreuses sanctions économiques, le pays de Mahmoud Ahmadinejad n’en a cure. Il vient ainsi de commencer l’exploitation de deux mines d’uranium dans le centre du pays pour se fournir en concentré d’uranium pour son programme d’enrichissement. Il faut donc s’attendre à un renforcement de la coopération entre l’Iran et le Niger, tous deux étant par ailleurs des pays musulmans.

L’uranium paraît donc au centre des préoccupations iraniennes. Mais, Téhéran est également à la recherche de soutien politique, sans doute, pour briser l’embargo occidental qui lui fait du tort. Il n’ignore pas le crédit dont jouissent les trois pays à visiter auprès des Occidentaux, mais aussi en Afrique: le Ghana de Kwamé Nkrumah, le Bénin de Yayi Boni, président de l’Union Africaine (UA), le Niger musulman, dirigé par un président socialiste, et qui a bonne presse. Le président iranien voudrait peut-être convaincre ses interlocuteurs que son pays est un partenaire sûr du continent. Une manière de montrer que l’Iran n’est pas isolé et qu’il demeure fréquentable.

Celui qui reçoit et celui qui visite se caractérisent ainsi par le même refus de se laisser dicter leur ligne de conduite par qui que ce soit. Reste d’ailleurs à savoir, si dans ses croisades contre Téhéran et en appuyant de manière inconditionnelle Israël, l’Occident pourra continuellement compter sur l’Afrique.

C’est un fait marquant dans l’histoire des relations entre l’Afrique, l’Occident et certains pays considérés comme appartenant à «l’axe du mal». Une terminologie chère à certains milieux occidentaux. Il semble qu’il va falloir faire désormais avec cette nouvelle Afrique qui admettra, très difficilement, tout ce qui ressemblera de près ou de loin à une quelconque forme de diktat en provenance de l’Occident. Non pas cette Afrique à l’agonie où l’on voit des dirigeants pleurnicher et cherchant désespérément du soutien, parce que épinglés en Occident pour avoir tourné le dos à leurs peuples et pillé sans retenue les ressources nationales.

Nous parlons de cette Afrique de leaders responsables nouveaux, qui ne baissent pas la tête devant des partenaires. Parce qu’ils n’ont pas de sang sur les mains. Parce que jamais, ils n’affichent de mépris à l’égard de leurs peuples. Parce qu’ils ont opté de respecter le verdict des urnes. Parce qu’ils savent respecter la parole donnée et les engagements pris, et par-dessus tout: les institutions démocratiques et la Constitution. C’est bien ce nouveau type de leadership que nous célébrons dans ces colonnes. Et ce n’est point étonnant, si le président iranien a choisi de venir au Bénin, au Niger puis au Ghana, trois pays qui se sont brillamment illustrés en matière d’avancée démocratique.

En Iran, on sait, en effet, qu’au-delà des avantages économiques à tirer des accords à signer, on pourrait tout aussi bien profiter de l’image que projettent ces pays en Occident, pour tenter de redorer son propre blason. Pourquoi ne pas profiter de l’audience de ces pays pour se repositionner dans l’opinion, en Afrique et ailleurs? Et ce n’est pas rien pour un dirigeant en fin de mandat. L’Etat est une continuité, le président Ahmadinejad tient, sans doute, à assurer ses arrières. Il y a une relève à positionner, des marchés à conquérir et d’énormes besoins à satisfaire. Du pétrole, par exemple, l’Iran en a, et l’Afrique en a besoin. Au rendez-vous des biens et services à échanger, nul doute que chacun y gagnera. Mais le gain politique est tout aussi important.

La vision africaine qui semble se dégager, de plus en plus, c’est que d’autres Etats viennent équilibrer le jeu diplomatique international. Largement dominée par l’Occident, la géopolitique internationale tend tout de même à changer. Les orientations et les pratiques de l’Occident inquiètent par moments. Et le besoin se fait, de plus en plus sentir dans les pays qui osent tenir tête aux Occidentaux. De plus en plus, l’Afrique manifeste son désir de liberté. Elle ne cache plus sa volonté de traiter avec qui elle veut.

L’Iran en est bien conscient et se montre sensible au nouveau visage que montre le continent. L’Afrique a aussi des besoins autant que des ressources. Et au niveau de certains dirigeants, le discours est en pleine mutation : la soif d’un leadership bien assumé ne fait aujourd’hui l’objet d’aucun doute. Il faudra s’habituer à cette Afrique qui refuse de se laisser embrigader. A l’Iran aussi de comprendre qu’avec l’expérience amère des «Fous d’Allah» au Nord- Mali, il serait bien périlleux de s’aventurer sur ce continent, pour y prêcher sa vision sociale et religieuse. Car, autant l’Afrique ne veut pas d’un Occident qui dicte sa loi, autant elle rejettera, avec la dernière énergie, quiconque voudra lui imposer ses valeurs. Aujourd’hui comme demain, la nouvelle Afrique entend bien s’affirmer.

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