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RWANDA: Cérémonies de commémoration du génocide à Kigali

Ces 4 décennies ne seront pas passées en… “20”!

La commémoration de ce massacre ayant fait au moins 800 000 morts – essentiellement issus de la tribu Tutsi – et qui eut lieu le 7 avril 1994, a connu cette année la participation de délégations de plusieurs pays. Pour marquer cet événement, le chef de l’État rwandais, Paul Kagamé, a allumé en ce jour commémoratif une flamme du souvenir au Mémorial du génocide de Kigali.

alt6 avril 1994. Ce jour-là, des Rwandais ont laissé libre cours à leur instinct en commettant un nettoyage ethnique dirigé contre les Tutsi dont les statistiques interpellent aujourd’hui encore la conscience universelle. En effet, en 100 jours, plus de 800 000 vies ont été fauchées. Selon certaines sources, plus de 75% de la population tutsi ont été exterminées avec une cruauté qui en dit long sur la nature humaine telle que définie par Thomas Hobbes: «l’homme est un loup pour l’homme».

20 ans après, l’on est toujours sous le choc des chiffres. Se rappeler une telle tragédie est en soi une bonne chose. Le monde doit donc s’associer aux autorités rwandaises pour non seulement rendre hommage aux victimes mais aussi travailler de manière à ne plus permettre qu’une telle folie meurtrière soit rééditée nulle part dans le monde.

La commémoration du génocide rwandais doit offrir au monde l’occasion de revisiter l’histoire.

C’est pourquoi l’on peut déjà déplorer que la France, qui est la patrie des droits de l’Homme, ne soit pas présente au rendez-vous de ce 7 avril qui, au-delà de sa dimension émotionnelle, devrait être une occasion de réflexion sur les mécanismes à mettre en place à l’échelle du monde, pour que le génocide Rwandais soit le dernier de l’histoire des génocides. En effet, l’on peut avoir l’impression qu’après le génocide des Juifs ou encore celui orchestré par Slobodan Milosevic, la communauté internationale n’a pas suffisamment travaillé de manière à en empêcher d’autres.

Aujourd’hui, l’Afrique vit encore sous la menace d’un autre génocide au regard des tueries à caractère confessionnel et ethnique qui s’opèrent en République centrafricaine. A propos de ce pays, l’on peut rendre hommage à Ban Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU, qui, en partance pour le Rwanda, a fait une escale à Bangui au cours de laquelle il a interpellé les leaders centrafricains sur les risques de génocide auxquels s’expose le pays de Catherine Samba-Panza. L’ONU fait donc œuvre utile en rapprochant ce qui s’est passé il y a 20 ans au Rwanda et ce qui se passe aujourd’hui en RCA.

Cela dit, la commémoration du génocide rwandais doit offrir au monde l’occasion de revisiter l’histoire mais aussi de faire de la prospective pour un monde meilleur. C’est pourquoi l’on peut qualifier d’inopportune la sortie de Paul Kagamé dans laquelle il s’est livré à son exercice favori qui consiste à ressasser la responsabilité de la France dans le drame de son pays. Et l’on a des raisons d’être agacé par le coup de sang de l’homme mince de Kigali.

D’abord, Paul Kagamé est revenu sur une de ses déclarations dans laquelle il disait en substance qu’il n’exigeait pas de la France des excuses. Ensuite, Paris, par la voix de Nicolas Sarkozy, avait, d’une certaine façon, reconnu sa responsabilité dans le génocide en invoquant des erreurs d’appréciation politique et diplomatique. La France devrait, par conséquent, transcender le ressentiment primaire de Paul Kagamé.

Le meilleur moyen de rendre hommage aux victimes du génocide rwandais consisterait à ancrer dans l’esprit de la jeunesse, la culture de la tolérance et de la paix

Et, heureusement, c’est ce qu’elle a fait en se ravisant in fine pour se faire représenter par son ambassadeur à Kigali à la commémoration de ce 20e anniversaire. La France aura fait la bonne option. Car, Paris évite ainsi de tomber dans le piège de celui-ci, qui consiste à faire régulièrement à son profit un usage politique de l’histoire douloureuse de son pays. La France, en déclinant l’invitation de Paul Kagamé suite à sa sortie inopportune,

aurait donné à croire qu’elle réplique à la volonté de celui-ci de la confiner dans une situation figée et humiliante où elle doit au quotidien battre sa coulpe. L’orgueil et l’honneur de la France n’amèneront donc pas, et c’est tant mieux ainsi, le quai d’Orsay à faire défection. Même si le niveau de sa représentation perd en qualité, tout semble bien rattrapé. Mais la France ne doit pas pour autant oublier que ce qui s’est passé il y a 20 ans au Rwanda, l’a été parce que la communauté internationale dont elle est un des membres qui comptent, a franchement failli à sa mission au Rwanda. Paris a non seulement donné l’impression d’avoir assisté l’arme au pied, à certains massacres, mais elle a également permis à certains génocidaires de s’en tirer à bons comptes en traversant la frontière de la RDC. Pire, elle a accordé l’exil à d’autres qui se la coulent douce aujourd’hui sur son sol. D’ailleurs, il a fallu 20 ans après pour qu’un présumé génocidaire soit condamné pour la première fois en France.

Dans le même registre, l’on peut dire que dans le domaine de la traque et du jugement des génocidaires présumés sur son territoire, la France peut et doit mieux faire pour ne pas donner du grain à moudre à Paul Kagamé dans sa démarche permanente de diaboliser la patrie de Voltaire. Cela dit, le meilleur moyen de rendre hommage aux victimes du génocide rwandais consisterait pour la communauté internationale, à ancrer dans l’esprit de la jeunesse rwandaise en particulier et dans l’esprit de la jeunesse du monde en général, la culture de la tolérance et de la paix par l’éducation. L’ONU notamment doit s’y investir en faisant en sorte que les pays membres inscrivent ce volet dans leurs programmes scolaires. Déjà, les populations rwandaises semblent être dans cette dynamique.

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