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PHOTOGRAPHIE: Vincent Boisot – De la Dakar Fashion Week à Kinshasa

Vive la Photografrique!

Interview au photojournaliste français Vincent Boisot (41 ans), lauréat du 2ème prix dans la catégorie “Arts et Spectacles” du très prestigieux World Press Photo 2012, pour une photo prise lors de la 9ème Fashion Week en 2011 à Dakar, au Sénégal. Co-fondateur du collectif Riva Press, Vincent Boisot a adoré le polar noir congolais Viva Riva qui se déroule à Kinshasa, une ville qu’il aime profondément et qu’il photographie beaucoup.

Plus de 100.000 photos ont été soumises au jury pour la dernière édition du World Press Photo. L’exposition itinérante parcourt chaque année 45 pays et attire des millions des visiteurs. La Galerie Azzedine Alaïa montre jusqu’au 21 juin les photos des lauréats au 18, rue de la Verrerie, 75004 Paris.

Qu’est-ce qu’on voit sur votre photo primée?

Vincent Boisot: On voit un mannequin qui pose avec une tenue de Yolande Ngom Mancini, une styliste sénégalaise qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis. Une photo qui a été prise pendant la 9e Dakar Fashion Week*. J’ai fait une série de portraits avec ces mannequins en essayant de les présenter avec leurs tenues dans le milieu de la ville. Je les ai fait poser dans un marché, au milieu de petits shops de tailleurs qu’on voit un peu partout au Sénégal. Beaucoup de vêtements que les Sénégalais portent sont fabriqués dans ces petits shops. Il y a beaucoup de créateurs qui se lancent, beaucoup de créativité. Pour moi, cette image était symbolique.

Avoir un prix au World Press Photo, qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Vincent Boisot: C’est un grand honneur, une grande fierté. Le World Press Photo, c’est l’un des prix le plus prestigieux en photojournalisme. Moi, j’ai présenté chaque année des photos, et voilà. C’est une certaine reconnaissance qui permet d’avancer et d’avoir un peu plus de confiance dans son travail où il y a souvent beaucoup de questionnement sur la façon dont on fait les choses. Cela représente un jalon important dans la vie d’un photojournaliste.

Avant le reportage sur la Dakar Fashion Week, avez-vous regardé d’autres défilés de mode à Paris, Londres ou Milan?

Vincent Boisot: Non, jamais. La mode en tant que telle n’était pas un sujet qui m’intéressait vraiment. Par contre, ce qui me passionnait dans l’histoire, c’est la curiosité sur l’Afrique que j’ai. Cette photo n’est pas une photo de mode. Une photo de mode cherche à sublimer la robe, la tenue, dans un but commercial ou de communication. Mon principal but a plus une vocation documentaire. C’est de montrer l’humain. Le mannequin est très mis en valeur sur la photo. Et puis il y a une volonté de l’inscrire dans un lieu où d’autres gens font des choses. C’est plus une photo documentaire sur la mode en Afrique.

Les créateurs de la Fashion Week venaient tous de l’Afrique, mais de pays très différents: le Mali, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Sénégal… Il y avait une identité africaine commune?

Vincent Boisot: Non, je pense que c’était vraiment très divers. Il y avait des couturiers qui utilisaient des matériaux « ethniques », des matériaux du pays, du wax, des ramages, des perles, du raphia… mais il y en a d’autres, comme sur la photo du prix, ce sont des tissus qu’on trouve absolument partout, des styles qui ne sont pas du tout marqués « Afrique ». Même si tous revendiquent quand même une identité africaine. Ils veulent que la mode africaine soit reconnue. Une remarque qui venait souvent était qu’ils trouvent que les créateurs européens s’inspirent beaucoup d’eux, dans les matières, les formes, les bijoux, les accessoires. Qu’ils voient souvent dans les défilés occidentaux des inspirations de choses qui viennent de chez eux. Ils sont convaincus qu’il n’y a pas de raison qu’ils n’arrivent pas à accéder au marché mondial et aux grands défilés des Fashion Week en Europe. Je vois beaucoup en Afrique qu’on montre assez peu.

Une autre ville africaine qui vous fascine, c’est Kinshasa, en République démocratique du Congo. Pourquoi?

Vincent Boisot: Cela vient d’un rencontre avec cette ville, en 2007, quand j’y suis allé pour la première fois, par hasard, pour un reportage qu’on m’avait glissé à l’oreille. Depuis, j’y retourne régulièrement tous les ans ou tous les deux ans. J’ai une sorte de fascination pour cette ville qui, pour moi, est unique au monde. Je n’ai jamais vu un endroit pareil. C’est une ville très chaotique, compliquée, très peuplée, très désorganisée, parfois horripilante. Là-bas, tout est compliqué, mais aussi enthousiasmant, parce qu’il y a une énergie, un bouillonnement, une volonté d’aller de l’avant. J’aime ce mélange, à la fois, de chaos, de choses compliquées, et en même temps cette énergie folle qui tourne dans cette ville.

Sur vos photos, on voit des enterrements, des mariages, des enfants-sorciers. Est-ce un travail d’un photographe-sociologue qui voit plus loin que l’objectif de la caméra?

Vincent Boisot: Il est vrai, dans mon travail que je fais à Kinshasa depuis cinq ans, que je cherche à raconter des histoires. Par exemple, sur un orchestre symphonique avec 200 musiciens classiques dans un des quartiers très difficiles de Kinshasa, le seul orchestre symphonique noir d’Afrique. J’ai fait aussi un travail sur Mwimba Texas, un catcheur albinos, un personnage incroyable, qui se bat pour la défense des albinos dans son pays. Là, je reviens d’un reportage sur des boxeuses qui se sont entraîenées ces six derniers mois comme des forcenées pour pouvoir participer au championnat du monde qu’avait lieu en Chine. Elles espéraient se qualifier pour les JO de Londres, parce que c’est la première fois que la boxe féminine est un sport olympique. Mais elles n’ont pas pu partir à cause de problèmes d’argent. Ce qui m’intéresse, c’est de chercher ces histoires qui racontent un peu plus que des histoires individuelles, qui racontent un peu l’histoire du pays, de la ville.

Pourquoi ne trouve-t-on pas de photos choc chez vous?

Vincent Boisot: Je pense avoir un regard bienveillant sur cette ville Kinshasa, malgré la violence qu’on peut y trouver, malgré les difficultés du quotidien. Moi j’y vois plein de choses positives, pleines de qualités, pleines de douceurs… donc pas d’images choc.

Quand vous retournez en France pour y faire, par exemple, un reportage sur une école unique qui ferme, est-ce que le travail en Afrique change le regard sur la France et vice-versa?

Vincent Boisot: Je pense que le regard reste le même. Quand je travaille en France, je suis en France. Quand je travaille en Afrique, je suis là-bas. Je pense que ce sont deux choses très différentes et c’est assez imperméable entre les deux. J’essaie de garder une certaine distance. L’idée est aussi d’être un observateur. Quand on a trop de liens, l’interaction est trop forte entre le sujet et le photographe, on ne peut plus saisir des choses, on ne peut plus être à la bonne distance pour saisir des moments plus spontanés.

Siegfried Forster (RFI)

 

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