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MALI: L’Azawad, le dernier dilemme frontalier africain

 

Front’hier… d’aujourd’hui!

Le 6 avril, les rebelles touaregs dans ville de Tombouctou, au Mali, en Afrique de l’ouest, ont déclaré unilatéralement leur indépendance vis-à-vis du pays et annoncé la naissance d’une nouvelle nation appelée Azawad. La déclaration a été largement ignorée ou condamnée par les Etats africains voisins et la communauté internationale.

Toutefois, compte tenu de la nature arbitraire de nombreuses frontières nationales en Afrique, qui datent de l’époque coloniale, et de la probabilité de conflits prolongés dans une zone sujette à la faim, si les revendications des rebelles sont tout simplement rejetées, la communauté internationale devrait réfléchir soigneusement à la meilleure façon de s’engager avec ce potentiel nouveau pays africain appelé “Azawad”.

L’histoire des frontières africaines contemporaines est problématique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les puissances coloniales européennes ont morcelé l’Afrique, et capricieusement défini des frontières territoriales, à la Conférence de Berlin de 1884-1885 au cours de laquelle aucun Africain n’était présent.

Ces frontières, qui ont largement continué à exister longtemps après les indépendances, ont souvent scindé des tribus, rassemblé des groupes ethniques incompatibles, ou créé des pays qui ont lutté économiquement parce qu’ils étaient trop gros, trop petits, ou enclavés. Etant donné la façon problématique dont les frontières africaines ont été initialement définies, il n’est pas surprenant que nous assistions à des luttes visant à redéfinir les frontières nationales dans cette époque contemporaine.

A la surface, la solution au “problème des frontières en Afrique” peut paraître simple. C’est-à-dire, comme des opportunités se présentent, on devrait toujours chercher à créer des Etats plus homogènes ethniquement.

Le problème est que les territoires ethniques n’ont jamais réellement existé dans une grande partie de l’Afrique. Le paysage africain est plutôt souvent merveilleusement diversifié avec différents groupes menant des stratégies d’existence distinctes, et souvent complémentaires: agriculteurs, éleveurs et pêcheurs pour ne citer que quelques-uns.

Ainsi, les pays créés avec une logique ethnique aboutissent généralement à une situation où le groupe majoritaire est privilégié par rapport aux autres. Ces Etats peuvent également avoir une viabilité financière limitée puisqu’ils ont tendance à être plus petits et moins diversifiés économiquement.

L’Azawad, bien que n’étant pas une idée nouvelle, est le dernier Etat ethnique et territorial en quête d’une reconnaissance. Les Touaregs sont des peuples nomades à la peau plus claire, historiquement dépendants de l’élevage, qui sont éparpillés dans les zones arides de l’Afrique de l’ouest entre le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso, l’Algérie et la Libye.

Les Touaregs ont longtemps aspiré à un Etat indépendant, puisqu’ils ont été souvent marginalisés par les gouvernements de la région qui ont favorisé plus les agriculteurs sédentaires.

Où va, alors, cet Etat africain nouvellement proclamé? Quatre phénomènes qui se relient ont simultanément donné lieu au nouvel Etat touareg et sapent également sa viabilité à long terme.

■ Le premier problème est que le Mali a eu une relation difficile avec sa population touarègue, étant donné l’histoire de la gouvernance par les agriculteurs dans le sud, qui ont marginalisé le groupe de pasteurs nomades.

En conséquence, le gouvernement malien a promis une aide plus importante aux régions du nord, une nouvelle province (appelée Kidal) a été créée afin de donner aux Touaregs une représentation plus grande, et plusieurs ministres touaregs ont été nommés. Alors que tout n’était pas parfait, la situation est restée relativement calme jusqu’à ce que des combattants touaregs lourdement armés se soient retournés au Mali, à la fin de 2011, suite à la mort de Kadhafi en Libye.

■ Le deuxième problème est que l’Azawad a émergé par la force, et non par un référendum, tout comme son Etat mère, la République du Mali, qui a implosé presque. Des anciens combattants de Kadhafi ont renforcé le groupe séculaire touareg malien de résistance, appelé Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

■ Le troisième problème est qu’il n’est pas du tout clair si la majorité des peuples dans l’Etat proposé de l’Azawad soutiennent son existence. Les provinces dans le nord du Mali comprennent beaucoup de personnes non touaregs (notamment les Songhay et les Peuls) qui ont vraisemblablement peu d’intérêt à adhérer à un nouvel Etat qui est fortement affilié à un groupe ethnique, sans oublier les incertitudes d’un islam plus fondamentaliste et de l’avenir économique d’une nation du désert, non connectée à une région du sud plus riche qui produit des excédents de vivres et exporte de l’or et du coton.

■ Le quatrième problème est que la région en litige est aussi au bord de la famine, du fait des années de sécheresse successives et de l’instabilité. Ainsi, les tentatives visant à résoudre la situation militairement entraîneront probablement une crise humanitaire encore pire.

William G. Moseley (Université du Botswana)

 

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