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FRANC CFA: Le déclin de l’euro équivaut à la dévaluation de la monnaie commune?

CFA à… « F.A.C. »? 

Quand, en 2011, Wall Street Journal avait annoncé que plusieurs banques Européennes se préparaient à la fin de l’euro et au retour aux anciennes monnaies nationales, en nommant la frénésie qui était en cours à la Banque d’Irlande, une rumeur s’était mise en route sur la probable dévaluation du CFA. Comment ne pas y voir une tentative pour faire diversion sur le débat qui a envahi la rue africaine sur la sortie du CFA, devant le déclin économique et financier de l’Europe et la conséquente difficulté de sa monnaie, l’Euro? N’est-ce pas suspect que lorsque les Africains qui utilisent le CFA, commencent à se poser de sérieuses questions sur l’opportunité de rester dans la zone CFA, arrivent ces rumeurs sur l’éventualité de la dévaluation du CFA? Et si c’était juste pour détourner l’attention de la vraie question: faut-il rester dans la zone Franc? Comment expliquer que pendant 52 longues années depuis les indépendances, des pays d’Afrique aient été privés de l’instrument de politique monétaire pour créer la richesse? Qu’est-ce qui explique la honte assumée des dirigeants Africains d’accepter que leurs monnaies soient décidées et imprimées en France? 

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LA FAUTE N’EST-CE PAS AUX DIRIGEANTS AFRICAINS?  

Souvent cela nous fait tant de bien de mettre sur le dos de la France ou de l’Occident la plupart de nos malheurs. Et cela réconforte, cela rassure comme le Chrétien a besoin du Juif pour laver ses péchés. Mais dans le cas du CFA, la pilule est plus amère et cette fois-ci, même les Français n’accepteront pas de l’avaler ou du moins, pas tous seuls. Car le chapeau est à faire porter, plus aux intellectuels et dirigeants Africains qu’à l’ancien maître.  Il existe une légende métropolitaine en Afrique savamment véhiculée par ces derniers selon laquelle, à cause des accords signés avec la France, il serait impossible de sortir du CFA. Mais, sur le plan pratique, aucun texte, aucune loi, aucun accord, aucun décret ne peut empêcher un peuple de prendre sa souveraineté, dès lors qu’il est conscient qu’elle lui avait été volée, dès lors qu’il comprend ce qu’il perd sans ladite souveraineté. La vérité est qu’il semble que ces pays préfèrent la subordination à la souveraineté. Deux contre-exemples le prouvent:

EN AFRIQUE DU NORD 

A l’indépendance des pays africains, tous les pays d’Afrique du Nord étaient eux aussi liés à la France par les mêmes accords monétaires et militaires.

Au Maroc:

Pour avoir prétendu l’indépendance du Maroc et la sortie du Franc, le roi du Maroc Mohammed V Ben Youssef sera déporté avec toute sa famille d’abord en Corse, puis à Madagascar le 8 Avril 1954. La France installe au trône son oncle. Mais la population refuse et reste soudé derrière son roi, même exilé de force. La France est contrainte de le ramener en 1955. L’indépendance est proclamée l’année d’après. 2 ans après l’indépendance, le Royaume dit au revoir à la monnaie française et crée la sienne, le Dhiram en 1958, malgré l’hostilité de la France.

En Tunisie: 

On a observé les mêmes résistances de la France pour concéder une véritable indépendance. Mais comme au Maroc ce sont les dirigeants Tunisiens qui ont fait comprendre à la France qu’un pays ne peut pas se dire indépendant alors qu’il utilise la monnaie d’un autre pays, alors qu’il a sur son propre territoire la base militaire d’un autre pays. En 1956, c’est l’indépendance formelle du pays, mais c’est toujours la France qui contrôle la monnaie tunisienne, le Franc. Dès 1958, la France est contrainte d’accepter que la Tunisie quitte la zone Franc pour créer sa propre monnaie le Dinar. Cependant, elle refuse d’évacuer ses troupes de Bizerte. En 1961, le président Bourguiba, lance un ultimatum aux Français avant de déclencher la guerre qui fera un millier de morts, presque tous des Tunisiens, pour chasser les Français de cette base militaire de Bizerte. Un an après, le 25 Juillet 1962, le résident Bourguiba obtient gain de cause, 6 ans après l’indépendance, le Président français De Gaulles annonce que la France accepte de mettre fin à 82 ans de présence militaire en Tunisie.

En Algérie:  

En 1962, c’est l’indépendance formelle, comme partout, c’est la France qui contrôle la monnaie. Mais les Algériens insistent que sans la monnaie, ce n’est pas une vraie indépendance. La France est obligée de concéder la finalisation de l’indépendance algérienne avec la création de sa propre monnaie, le Dinar Algérien, le 1er Avril 1964, c’est-à-dire aussi là, 2 petites années après l’indépendance.

EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNE

A Madagascar le Président Ratsiraka en 1972, 12 ans après l’indépendance, quitte par décret présidentiel la zone CFA pour créer le Franc Malgache, comme monnaie transitoire vers le Ariary, le temps de laisser la population s’habituer à ce changement. Lorsque Madagascar quitte la Zone CFA en 1972, le Franc Malgache est immédiatement déclaré inconvertible en Novembre de cette année et un système de réglementation des changes est mis en place. Depuis le 31 juillet 2003, l’unité monétaire malgache est devenue l’ARIARY (Ariary = 5 Francs malgaches). La même année, le Président Ratsiraka exige le départ des troupes françaises et l’évacuation de la base militaire d’Ivato avant le 1er septembre 1973. Le colonel de l’armée françaises Cazaillet remettra la base militaire aux autorités malgaches un jour avant la date exigée par le Président Rasiraka.

50 ANS D’INDEPENDANCE TOUT COURT

0 AN D’INDEPENDANCE MENTALE

Pendant ce temps, au Sénégal, en Cote d’Ivoire, au Gabon, au Tchad, en Centrafrique, etc… le monde est encore figé aux années 50, avec les mêmes pratiques coloniales, les mêmes bases militaires françaises, la même monnaie coloniale française dénommée « CFA » (Communauté Financière Africaine). Comment expliquer qu’en Afrique du Nord, la France a été contrainte à laisser s’installer et se développer, même avec des erreurs, l’autonomie monétaire alors qu’elle n’a même pas besoin de faire le moindre effort pour empêcher que les pays africains se dotent de véritables monnaies? Pour une fois, les exceptions de Madagascar ou de la Guinée sont là pour nous suggérer que peut-être cette fois-ci, la faute ne peut être attribuée uniquement au bourreau, mais aussi à la victime, à l’inaction coupable de la victime.

Il conviendrait dans ce cas d’inverser la question et la transformer en une autre : qu’est-ce qui explique que les dirigeants d’Afrique subsaharienne n’aient pas compris qu’un pays ne peut pas se dire indépendant s’il ne contrôle pas sa monnaie? s’il ne pilote pas la décision de lui imprimer des billets de banque? s’il n’assume pas la gestion des devises étrangères pour équilibrer sa balance commerciale mais aussi sa balance des paiements? Et surtout, comment expliquer que plus de 50 ans après les indépendances, les intellectuels africains n’aient pas jugé opportun de débattre publiquement de cette indépendance amputée? La vérité est sans doute plus amère.

LA CARRIERE PERSONNELLE DE CHACUN AVANT TOUT

En Afrique francophone, la plupart des personnes qui ont connu l’époque coloniale vivent dans une logique d’acceptation fataliste de leur infériorité même mentale vis-à-vis de la France. Les dirigeants ont presque tous fait leurs études supérieures en France et n’ont jamais connu d’autres expériences universitaires hors de la France. Ce qui les a amenés à développer plutôt un comportement d’allégeance et de remerciement à la France pour les avoir « civilisés ». En tout cas, c’est l’impression que dégage cette attitude de la plupart des dirigeants Africains de cette partie du continent.

Un diplomate Nigérian en poste à Genève m’exprimait récemment son étonnement deconstater que la plupart de ses collègues de l’Afrique francophone, avant de rentrer dans leur pays, devaient d’abord accomplir un rituel pour lui incompréhensible: séjourner quelques jours en France, soit à l’allée qu’au retour. Mais le pire qu’il avait constaté était que la plus grande aspiration de ces mêmes collègues était d’acheter une maison, pour les jours de leur retraite, pas dans le pays africain qu’il représentaient comme diplomates, mais en France.

Ce comportement qu’on peut constater depuis Genève est largement diffus dans les pays francophones et à tous les niveaux. Personne n’ose dire un seul mot contre la France, par peur de se voir refuser le Visa pour aller faire le rituel précédemment décrit. Cela commence des Ministres et arrive aux journalistes qui préfèrent spéculer sur la probable dévaluation du CFA, mais aucun mot sur l’incroyable anachronisme et inopportunité économique d’une telle monnaie. Ils sont aussi tous complices des dommages de la convertibilité du CFA, puisque pour réaliser le rituel de la procession vers une maison achetée en France, il est évident qu’aucun fonctionnaire africain ne pourrait y parvenir par son propre salaire, encore moins y envoyer ses enfants étudier.

Alors il reste la corruption et les détournements variés de fonds. Et sans la convertibilité du CFA, tout cela ne serait pas possible. Si la monnaie était non-convertible, comme presque toutes les autres monnaies sur le continent africain, la valise d’argent de CFA, une fois à Paris, ce serait de simples bouts de papiers. Tous les hauts fonctionnaires ou presque de ces pays semblent inscrits dans un rêve de plan de carrière internationale sous la bénédiction de la France. Presque tous rêvent de travailler un jour, même le temps d’un simple stage  au FMI, à la Banque Mondiale et la France sait utiliser ces petits appâts pour mettre au pas de très hauts fonctionnaires. Est-ce une faute? NON. Comment peut-on reprocher aux dirigeants Français de faire les intérêts de leur pays? De leur peuple? C’est le versant africain qui est inquiétant. C’est dans la même logique qu’on se demande presque quel sens cela a de traiter la Cour Pénale Internationale de raciste ou coloniale, si ce sont les mêmes juristes Africains qui n’ont d’autres rêves que d’y travailler un jour? C’est la même chose pour les Nations Unies.

CONCLUSION

Plus de 50 ans après les indépendances africaines, on peut constater que le choix de la dépendance monétaire des pays africains d’abord à la France et aujourd’hui à l’Europe est un véritable fiasco économique et les difficultés inancières de la France et de toute la zone Euro, avec l’inexplicable navigation à vue de ses membres (19 sommets en 22 mois pour ne rien décider) ne sont pas de nature à rassurer les pays Africains qui ont renoncé à leur souveraineté monétaire d’avoir été dans de bonnes mains. Et les conséquences économiques et sociales sont dramatiques pour ces pays africains, ce qui fait que  sur les 10 pays les plus pauvres d’Afrique, 8 sont des pays soumis à ce régime monétaire du CFA.

Est-ce une simple coïncidence? Les Africains doivent-ils encore pour longtemps accepter d’être pris en otage par des intellectuels qui ne sont intéressés en définitive qu’à leur plan de carrière sous l’ombrelle possible de la France ou de l’Europe? La jeunesse africaine est-elle suffisamment informée pour construire et manifester son indignation? N’est-ce pas venu le moment du mea-culpa des 70% des étudiants Africains de la diaspora dont les parents sont fonctionnaires en Afrique? Pour qu’ils se demandent à eux-mêmes s’ils sont véritablement convaincus que l’argent du loyer du studio qu’ils payent 500 € (328.000 CFA) par mois à Paris vient vraiment des 200.000 CFA (305 €) de salaire mensuel de leur papa ou leur maman en Afrique? En attendant la venue d’une monnaie unique africaine, si chaque pays crée sa propre monnaie et la rend non-convertible, que ferons-nous de cet armada d’étudiants de la diaspora qui vit grâce au sous-système tel qui est aujourd’hui? Sommes-nous encore disposés à nettoyer devant notre porte et dire au revoir au CFA ?

Jean-Paul Pougala

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