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ART MODERNE: Le nouveau design et la culture en Afrique

Dans le signe du design! 

Un tabouret XXL pour des gens obèses, un fauteuil « Mobutu », un siège d’après la mosquée de Jingereber à Tombouctou, une chaise fabriquée avec des conserves écrasées ou une armoire conçue à partir des tubes galvanisés et de fûts de pétrole… quelques créations originales de designers africains exposées jusqu’au 14 juillet 2013 au musée Dapper à Paris.

altLe design en Afrique réunit une centaine de pièces et dévoile d’une manière inédite la relation complexe entre le nouveau design et la culture en Afrique.

“Slim bed”, c’est une création de Kossi Assou. Un lit, constitué d’une tôle, avec un rondin qui sert d’appui-tête et une roue pour le déplacer avec un poignet. Devant ce design d’une pureté absolue, il y a une émotion qui surgit. Après ce premier moment de fascination apparaît le sentiment d’une hésitation. On n’ose pas s’approcher ce meuble qui ressemble fortement à une sculpture dotée d’une haute dose esthétique. Et pourtant, aucune connotation religieuse habite le meuble, la référence à une tradition est palpable, mais reste invisible.

Bienvenue dans l’univers du design en Afrique. «Je me réclame de mes racines, de cette filiation. Je suis héritier d’une culture dont je fais une relecture pour proposer des objets pour aujourd’hui et pour demain, Oui, la symbolique peut exister. La dimension mystico-spirituelle des objets traditionnels occupe une place importante dans ce que je propose. Parce que quoi qu’on dise, le lit, le tabouret, tout mobilier qui existe dans la cour africaine, dans l’espace de vie en Afrique, a une dimension mystico-spirituelle. Je tiens à préserver cela. Même si cela n’est pas la première préoccupation pour ces objets, ils restent fortement inspirés par ces fonctions traditionnelles», souligne ce designer, né en 1958 en Côte d’Ivoire et qui vit au Togo. 

Où s’arrête la sculpture? Où commence le design? «Dès le moment où ces objets ont pour fonction de répondre aux besoins de l’homme, il y a une rupture qui se fait avec la sculpture qui est beaucoup plus liée à l’esthétique», précise Kossi Assou qui avait reçu la prestigieuse désignation honorifique de “Trésor humain vivant” par l’Unesco.

Faut-il sortir de la tradition pour arriver au design? «Je ne me base pas sur la culture africaine pour créer. Certes, je suis Africain, j’ai une âme africaine en moi, mais je me base sur mes besoins, sur des critères de ce que j’ai envie et je n’ai pas d’identité ni de repères traditionnels. Je fais ce qui me plaît et je m’exprime à ma façon. C’est du mobilier universel», souligne l’artisan-designer sénégalais Ousmane Mbaye, né en 1975.

Faut-il quitter ses racines pour réussir dans le design moderne? «Non, pas forcément. En même temps, je ne cherche pas forcément ces traditions. La tradition est inculquée en moi. J’ai un intérêt à y aller. Je ne me force pas pour y aller. En même temps, j’essaie de garder une ouverture maximale sur le monde», répond le designer camerounais Jules-Bertrand Wokam, né en 1972 et qui avait remporté, en 2004, le Prix de L’UE de la Sixième Biennale de Dakar.

Faut-il finir avec le passé pour concevoir le design de demain? «Le design, c’est l’innovation, affirme le Malien Cheick Diallo qui vit en France et travaille à Bamako. L’architecte-designer, fondateur de l’ADA (Association des Designers Africains), a été primé en 2006 et 2007 le 1er prix du SIDIM (Salon international du design intérieur de Montréal). Faire le design pour la tradition, cela on peut le laisser à l’art traditionnel. Le designer conçoit aujourd’hui les meubles de demain. Même si la référence est traditionnelle, le design doit toujours proposer des nouveaux projets. Pour moi, le design est une prolongation de la vie», affirme le Malien Cheick Diallo qui vit en France et travaille à Bamako.

Comme il n’y a pas d’école de design en Afrique, les formations des designers africains sont très diverses et variées. Le Camerounais Jules-Bertrand Wokam a une formation de bac en génie civil et bâtiment.

Ousmane Mbaye était frigoriste. Ses tabourets sont disponibles dans des grandes boutiques en Japon, aux Etats-Unis, en Espagne, en France, en Belgique et au Sénégal.

Cheick Diallo avait découvert le design lors de son cursus de formation en architecture: aujourd’hui, ses créations sont primées sur les biennales à l’étranger et ses objets produits en grand nombre se vendent un peu partout dans le monde: Etats-Unis, Angleterre, Allemagne, Afrique du Sud, Mali, France.

Les points de ventes de Jean-Bertrand Wokam se limitent pour l’instant au Cameroun, mais à partir de décembre il se déploie aussi en France et sur son site www.julesbw.com.

Chez Kossi Assou, les commandes sont directement traitées dans ses ateliers au Togo: «Nous avons cette difficulté de diffusion, de commercialisation de nos objets. Mais cela commence à venir».

Tous déplorent qu’il n’y ait pas encore une capitale du design en Afrique mais toutefois Kossi Assou reste optimiste et, pour Cheik Diallo, le design en Afrique est clairement en progression.

Quant à Christiane Falgayrettes-Leveau, directrice du musée Dapper et commissaire de l’exposition, elle confirme que le design occupe aujourd’hui une vraie place créative en Afrique. Par contre le rôle économique et industriel du design reste encore à trouver.

«Tout simplement, parce que les habitants des pays africains n’ont pas les moyens, parce que le design reste cher. Les populations ne vont pas s’acheter une chaise de tel ou tel créateur. Les classes aisées oui, mais la bourgeoisie africaine, à des rares exceptions,  n’achète pas du design africain. On est dans le domaine artistique. Cela reste quelque chose qui s’adresse à une élite pour l’acquisition. En revanche, il est important de montrer largement ces créateurs, parce qu’ils manifestent leur culture, leur savoir-faire. Je ne dis pas d’industrie, parce que c’est en Occident qu’on va fabriquer de façon industrielle les sièges ou autre objets du design. De façon générale, c’est plus de la création en série artisanale. Les designers africains s’entourent de menuisiers, de ferronniers, de forgerons, d’artisans qui vont les accompagner dans la réalisation d’un prototype qu’ils ont conçu».

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