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AFRIQUE DU SUD: Julius Malema – La descente aux enfers se poursuit pour l’ancien président de la jeunesse de l’ANC

Malema… malmené?

Agitateur hors pair réputé pour sa haine contre la minorité blanche, il a été suspendu en novembre 2011 au terme d’une procédure disciplinaire au sein de son parti pour “avoir semé la division dans l’ANC, défié ses dirigeants nationaux et porté atteinte à l’image du parti”.

altAprès les sanctions politiques, bonjour les ennuis judiciaires avec le fisc, qui s’intéresse subitement de près aux affaires et aux biens de l’indomptable petit du bantoustan du Lebowa. Des investisagions qui aboutissent à la confiscation, puis à la vente aux enchères d’une partie du patrimoine de l’ex-pionnier de l’ANC en février dernier. Dernière estocade en date contre la trublion de la nation Arc-en-ciel, c’est la saisie par la justice de sa villa dans la banlieue chic de Johannesburg.

Il devrait régler à l’Etat une dette de 16 millions de rands (environ 1,3 million d’euros). La maison sera vendue aux enchères dans quelques jours. C’est le énième épisode d’un feuilleton à rebondissements dont la trame essentielle repose sur la volonté de casser les jeunes reins de l’enfant terrible des townships qui, il y a quelques années, était promis à un bel avenir politique.

N’est-ce pas lui qui, du temps de sa splendeur et aux temps forts de la confrontation Thabo Mbeki/Jacob Zuma pour la présidence de l’ANC, avait menacé de tuer, s’il le fallait, pour le second? Parce qu’il était adulé au sein de l’ANC personne n’aurait parié la plus petite pépite d’or sud-africaine qu’il allait un jour connaître pareille dégringolade.

C’est vrai que ce trentenaire (il est né en 1981), fils d’une mère célibataire domestique vivant dans un township, ayant intégré l’ANC à la fleur de l’âge est difficilement défendable: fort en gueule, il broie tout sur son passage et est sans concessions avec ceux qu’il ne porte pas dans son cœur. Morceaux choisis: Thabo Mbeki? “Un chien qu’il fallait tuer“. La chef de l’opposition libérale?Raciste avec une tête d’espionne de l’apartheid“.

Les Blancs de l’Afrique du Sud? “Des voleurs de terres, des criminels; et il faut les traiter comme tels“. Les fermiers blancs? “Les exproprier sans dédommagement“. Le summum de l’outrance a été atteint quand ce garçon indiscipliné et ses ouailles ont tenté de ressusciter en 2009 un hymne, un chant traditionnel de l’époque où l’ANC luttait contre l’apartheid et qui appelait à “tuer les Boers parce que ce sont des violeurs“.

Trop, ce fut trop. Le recadrage sera à la hauteur des libertés de ton et de comportement prises par Malema. Jacob Zuma finit par désavouer son protégé pour un “comportement et des propos complètements étrangers à la culture de l’ANC“. Depuis lors, c’est la débâcle.

Faut-il pour autant charger le proscrit de tous les pêchés d’Israël? Peut-être! Mais on ne suit pas l’accusation quand elle évoque le rapide enrichissement du banni du Congrès national africain. En matière d’enrichissement TGV, il n’est pas sûr que beaucoup puissent lui jeter la première pierre. Des membres de l’ANC devenus milliardaires à la vitesse de la lumière, il y en a à la pelle, surtout grâce au système dénommé Black economic empowerment.

Créé après la fin de l’apartheid pour favoriser l’émergence d’une classe d’hommes d’affaires noirs et desserrer l’emprise des Blancs sur la société sud-africaine, cet organisme public prévoit de transférer 30% des terres et des PME à la majorité raciale, et 25% des actions de la bourse de Johannesburg doivent revenir à des boursicoteurs issus des townships et des bantoustans. A la tête des compagnies, on devrait compter 4 directeurs généraux noirs sur 10.

La commission exige par ailleurs des places pour les administrateurs noirs dans le top management des entreprises, un pourcentage minimum de Noirs dans les formations professionnelles de haut niveau, et un contingent de commandes publiques pour les entreprises pilotées par la majorité raciale.

Comme les oligarques russes après l’ère communiste, des Sud-Africains sont donc devenus subitement riches, à l’image d’un Cyril Ramaphosa, ancien vice-président de l’ANC, qui a quitté la politique pour faire dans le business. Ex-dauphin de Mandela, entre-temps leader syndical, ce dernier figure aujourd’hui parmi les hommes les plus riches d’Afrique du Sud. Alors, en matière d’enrichissement à la vitesse grand V, le jeune pestiféré de l’ANC est loin, très loin de détenir la palme.

Et si la mise à l’écart de Julius Malema était symptomatique des luttes générationnelles sourdes entre anciens combattants de la fin de l’Apartheid et les jeunes loups aux dents longues, qui ont d’autres repères et d’autres codes de valeurs? En effet, si le parcours de l’ancien protégé de Zuma avait été rectiligne, il est évident qu’il aurait pu constituer une sérieuse menace pour d’éventuels séniors candidats à la présidence de l’ANC, qui ouvre un large boulevard vers le palais présidentiel.

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