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CHEIKH SAMBA BEYE: Cet immigré sénégalais a accompli un geste héroïque à Ventimille

Le courage de Samba, qui a sauvé deux gosses qui étaient en train de se noyer à Ventimille: «J’espère que ce soit pour ceux qui arrivent et pour ceux qui accueillent». Il vient du Sénégal et vit depuis 10 ans en Italie. «Il y a tant de méfiance mais dans tous les peuples, il y a des bons et des mauvais». Requête pour une médaille à la valeur civile en sa faveur. 

 

Le courage de Samba, qui a sauvé deux gosses qui étaient en train de se noyer à Ventimille: «J’espère que ce soit pour ceux qui arrivent et pour ceux qui accueillent». Il vient du Sénégal et vit depuis 10 ans en Italie. «Il y a tant de méfiance mais dans tous les peuples, il y a des bons et des mauvais». Requête pour une médaille à la valeur civile en sa faveur.

instants infinis, Samba s’en rappelle un à un. Les cris qui couvraient la diffusion du match de son cher Sénégal à la Coupe du monde de Russie 2018, sa course vers la plage, les femmes en larmes indiquant un point en mer; lui qui plonge tout vêtu, les deux gosses qui se débattaient au milieu des ondes et qui, un instant après, s’accrochent à lui «avec une force jamais vue auparavant» et encore lui qui les charge sur ses épaules et les ramènent sur la rive.

A entendre parler de courage, Samba se dérobe: «Ma seule pensée était qu’ils ne meurent pas», raconte-t-il.

Depuis l’après-midi du 19 juin, quand il sauva deux petits frères de 7 et 9 ans, en train de se noyer en mer, Cheikh Samba Beye, sénégalaise de 44 ans, que tous appellent Samba, est devenu une sorte de héros, la personnification du “brave” immigré qui fait quelque chose pour le pays où il a décidé de rester vivre.

Et ce n’est pas dans un bled quelconque, mais à Ventimille, la frontière par antonomase, le long de laquelle s’accumulent des milliers de migrants, tentant d’entrer en France, d’où ils sont systématiquement refoulés.

Des vies suspendues, qu’une partie de la ville accueille, s’engageant pour une intégration possible, une autre partie observe avec méfiance, barricadant les yeux et les portes. Les frères sauvés par Samba sont des fils d’italiens résidents à Ventimille, la ville où il vit, seul, et travaille depuis des années, personne à tout faire, dans un établissement balnéaire.

Le lendemain, la maman des enfants lui a offert un nouveau cellulaire, car le sien était désormais foutu vu qu’il l’avait en poche quand il a plongé en mer pour sauver ses enfants.

«Cela m’a fait énormément plaisir» dit Samba, soulignant toutefois qu’il voudrait que son geste fût «de quelque façon un exemple».

«Pour qui arrive mais aussi pour qui accueille». Les premiers «doivent respecter les lois et les personnes sans faire de pagaille», les seconds «ne doivent pas juger sur la couleur de la peau mais avec la tête, le cœur, l’âme et l’envie de s’engager».

Samba a quitté le Sénégal en 2006, il a été en Espagne, puis en France; depuis 10 ans, il vit en Italie: Monza, Busto Arsizio, Milano, Varese et enfin Ventimille.

«J’ai toujours bossé. Quand on bosse pas, j’aime pas», tonne-t-il.

Il a fait le garçon, le soignant, le domestique. Jamais rien de stable toutefois, rien qui lui ait permis de voir ses droits pleinement reconnus. De quoi se demander s’il n’ait jamais regretté d’avoir quitté le Sénégal et pour quelle raison il a choisi de partir.

«Qui quitte son propre pays n’a pas d’autre solution, autrement il ne le laisserait pas sa propre maison», soupire Samba.

La situation a-t-elle évolué pour qui arrive actuellement?

Pour Samba «oui, mais en pire, il semble qu’il y ait grosse méfiance envers les migrants et au contraire, dans tout peuple, il y a des bons et des mauvais.  Certes, les gens qui arrivent aussi doivent bien se comporter, considérer le pays où ils s’établissent comme leur propre domicile, et donc ne pas le ruiner, mais contribuer à le faire progresser. S’aider l’un l’autre, c’est ce qu’il faut faire et moi, je continuerai à le faire»

Samba s’arrête ici. Il ne dit pas que tous les mois, il envoie une grande partie de ses gains à sa famille au Sénégal, qu’il est en train de lutter pour voir reconnu son droit à rester en Italie.

Ces particularités de sa vie sont racontées par Anna Santoro, une amie historique à lui.

Après le sauvetage des deux petits frères, elle a adressé au maire de Ventimille, Enrico Ioculano, et à certains journaux, une lettre pour demander que soit conférée à Samba une médaille à la valeur civile, une proposition également soutenue par le “Comité pour les immigrés et contre toute forme de discrimination”.

«En France, Macron a donné la nationalité et un travail stable au sans-papier malien qui a sauvé un enfant, je ne vois pas pourquoi ici chez nous, on ne puisse pas faire autant. Cette plage-là était affolée, ils étaient pleins les gens mais il n’y a que Samba qui ait eu le courage de plonger, au risque de sa propre vie, qui vaut autant que celle de tous les autres».

 

Luciana Matarese 

 

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