Le nouveau Dossier statistique sur l’immigration a été présenté : les étrangers représentent 9,4 % de la population et plus de 2,5 millions d’entre eux ont un emploi. Le rapport pointe les dysfonctionnements du décret Flussi, des inégalités économiques persistantes et une Méditerranée de plus en plus meurtrière.
Rome, 28 octobre 2026 – Plus de 5,5 millions de ressortissants étrangers résident en Italie, soit 9,4 % de la population nationale. Une présence désormais structurelle, qui contribue à l’équilibre démographique et économique du pays, mais qui se heurte toujours à des obstacles bureaucratiques, à des inégalités sociales et à des difficultés d’accès aux emplois qualifiés.
C’est le tableau dressé par le Dossier statistique Immigration 2026, parvenu à sa 36e édition et présenté à Rome et simultanément dans les régions italiennes par le Centre d’études et de recherches IDOS.
Le rapport, réalisé en collaboration avec le Centre d’études Confronti et avec le soutien, entre autres, de l’Institut d’études politiques S. Pio V et de l’Otto per mille de l’Église vaudoise, analyse les principales évolutions des phénomènes migratoires en Italie, en Europe et dans le monde.
Plus de 5,5 millions d’étrangers résidents et près d’un million de nouveaux Italiens
Selon les données provisoires de 2025, le nombre d’étrangers résidant en Italie a atteint 5 559 527, en hausse de 3,5 % par rapport à l’année précédente.
La présence étrangère concerne désormais pratiquement tout le territoire national : seules 20 des 7 896 communes italiennes ne comptent aucun résident de nationalité étrangère.
Le chiffre des acquisitions de la nationalité italienne est particulièrement significatif. Sur la période 2021-2025, 962 431 personnes sont devenues italiennes, dont plus de 196 000 pour la seule année 2025.
Il s’agit majoritairement de personnes jeunes, ce qui confirme un processus d’enracinement qui concerne désormais plusieurs générations.
La contribution démographique de l’immigration prend une importance croissante dans un pays marqué par un vieillissement progressif de la population et une baisse persistante des naissances.
Emploi : plus de 2,5 millions de travailleurs étrangers
Le Dossier met en évidence le rôle déterminant des travailleurs immigrés dans l’économie italienne.
En 2025, les étrangers en emploi étaient 2 587 000, soit 10,7 % de l’emploi total, en hausse de 2,9 % par rapport à 2024.
Leur présence est particulièrement forte dans certains secteurs stratégiques : les travailleurs étrangers représentent 64,3 % des actifs dans les services aux familles, 21,5 % dans l’agriculture, 19,2 % dans l’hôtellerie-restauration et 17,9 % dans le bâtiment.
Malgré cette contribution, d’importantes disparités professionnelles et économiques persistent.
Près de 30 % des travailleurs étrangers occupent des postes non qualifiés, contre 8 % des Italiens. Le déclassement est lui aussi très répandu : 54,8 % des diplômés du supérieur étrangers en emploi exercent un travail inférieur à leur niveau d’études, contre 19,2 % des Italiens.
À ces écarts s’ajoute l’écart salarial. Selon les données de l’INPS (l’organisme italien de sécurité sociale) citées dans le Dossier, le salaire annuel moyen des salariés étrangers s’élève à 15 891 euros, contre 23 876 euros pour la moyenne de l’ensemble des salariés.
Décret Flussi : le système reste gravement défaillant
L’un des passages les plus marquants du rapport concerne le fonctionnement du décret Flussi, l’outil par lequel l’Italie programme l’entrée des travailleurs venant de pays non européens.
Selon l’analyse d’IDOS, qui s’appuie aussi sur le suivi de la campagne « Ero Straniero », le système présente un fort décalage entre les entrées programmées et celles qui débouchent réellement sur une demande de permis de séjour.
En 2024, pour 147 000 quotas disponibles et près de 721 000 demandes d’embauche, 72 704 autorisations de travail (nulla osta) et 35 287 visas ont été délivrés. Les demandes de permis de séjour se sont limitées à 24 858.
Autrement dit, seuls 16,9 % des quotas programmés ont donné lieu à une demande de permis de séjour, un résultat que le rapport juge révélateur des difficultés structurelles du dispositif.
Pour 2025, selon des données encore provisoires citées dans la publication, le rapport entre permis demandés et quotas autorisés tombe encore, à 7,9 %.
IDOS souligne donc la nécessité de repenser les procédures, en dépassant la rigidité des « click day » et en favorisant des mécanismes d’entrée pour le travail plus souples et mieux adaptés aux besoins du marché de l’emploi.
Pauvreté et inégalités : une famille étrangère sur trois menacée
Le rapport accorde une attention particulière aux conditions économiques des familles immigrées.
En 2025, le risque de pauvreté touchait 33,7 % des familles comptant au moins un membre étranger, contre 16,6 % de celles composées uniquement d’Italiens.
Le phénomène des travailleurs pauvres est lui aussi beaucoup plus fréquent : il concerne 25,9 % des foyers comptant des étrangers, contre 8,3 % des familles italiennes.
Une situation qui montre que la participation au marché du travail ne garantit pas forcément des conditions économiques décentes.
Ces écarts se retrouvent aussi dans l’accès au logement, la possibilité d’obtenir un prêt immobilier et les parcours scolaires des nouvelles générations.
École : plus de 936 000 élèves étrangers, dont près des deux tiers nés en Italie
Autre donnée significative : la présence d’élèves sans nationalité italienne dans le système scolaire.
Au cours de l’année scolaire 2024-2025, les élèves étrangers étaient 936 359, soit 11,9 % du total.
Parmi eux, 604 397, soit 64,5 %, sont nés en Italie.
Ce chiffre confirme à quel point la présence migratoire fait désormais partie intégrante de la société italienne, et qu’une part importante des nouvelles générations grandit et se forme entièrement dans le pays.
Des difficultés persistent toutefois dans les parcours scolaires : le rapport signale un taux de décrochage bien plus élevé chez les élèves étrangers et une concentration plus forte dans les filières techniques et professionnelles.
Méditerranée : moins d’arrivées, mais un risque de mort accru
Le Dossier analyse aussi l’évolution des routes migratoires et les conséquences des politiques européennes de contrôle des frontières.
En 2025, 66 296 personnes sont arrivées en Italie par la mer, un chiffre globalement stable par rapport à 2024. Sur les huit premiers mois de 2026, les débarquements se sont limités à 19 497.
La baisse des arrivées ne s’est toutefois pas accompagnée d’une diminution proportionnelle des tragédies en mer.
Selon les données citées par IDOS, 1 342 morts ou disparus ont été recensés en Méditerranée centrale en 2025, soit une victime pour 49 personnes arrivées.
Sur les huit premiers mois de 2026, on compte au moins 914 victimes, avec un rapport qui s’est dramatiquement aggravé : une pour 21 arrivées.
La Méditerranée centrale reste ainsi l’une des routes migratoires les plus dangereuses au monde.
Un phénomène structurel qui appelle des politiques de long terme
Le Dossier statistique Immigration 2026 donne l’image d’un pays où l’immigration ne peut plus être lue uniquement à travers le prisme des débarquements et de l’urgence.
Les données montrent une population étrangère enracinée sur le territoire, présente sur le marché du travail, dans les écoles et dans le tissu productif, dont la contribution est particulièrement importante face à la crise démographique italienne.
Dans le même temps, des difficultés apparaissent concernant la qualité des emplois, le risque de pauvreté, les procédures d’entrée et l’accès aux opportunités sociales.
Le défi mis en avant par le rapport est de dépasser une gestion de l’immigration essentiellement fondée sur l’urgence, en développant des politiques structurelles capables de concilier les besoins économiques et démographiques de l’Italie avec la protection des droits et l’intégration des personnes.


