Africa Nouvelles

Et si Laurent Gbagbo était sur les traces de Patrice Lumumba? C’est là une hypothèse de réflexion proposée par le frère congolais Mangalaboyi Jacques.

 

Rome: 04/06/2011 - Je reste fasciné par l’histoire de Lumumba et c’est curieux lorsqu’on a l’occasion de parler avec ceux qui ont connu et vécu cette tragédie... Une dame américaine, la seule journaliste à avoir rencontré Lumumaba à Stanleyville avant l’indépendance... déjà en ce moment-là, la grande conspiration était en marche. Curieux... Donc, quoi qu’il fasse; quoi qu’il dise, il était déjà indexé...

 

J’ai eu à parler avec Madame Gbagbo à Londres, elle me donnait aussi cette impression-là de se sentir, son mari et elle, des indexés, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent...

 

La crise électorale n’est peut-être qu’un iceberg. Car, comme au Congo-Kinshasa, comment expliquer qu’une rebellion puisse avoir droit de cité par rapport au gouvernement? Avez-vous analysé la couverture des événements par la presse internationale?

On n’était même plus dans la désinformation, mais on était dans le mensonge.

Avez-vous vu les images des dernières attaques de l’Hotel du Golfe qu’on attribua aux hommes de Gbagbo?... Avez-vous suivi la dichotomie entre le chapeau des journalistes à Paris et le reportage des envoyés spéciaux sur le terrain?...

 

Le problème, pour notre génération, est que nous croyons que c’est nouveau. Mais, c’est lorsqu’on jette un coup d’oeil sur ce qui s’est passé chez nous qu’on s’exclame:«Mon Dieu, ce n’est pas neuf».

 

Je ne dis pas que Gbagbo et Lumumba et Kabila sont des saints politiquement. Mais, c’est intéressant le parrallelisme!... Comme au Congo-Kinshasa, c’est l’ONU encore... Comme au Congo-Kinshasa, ce sont des forces métropolitaines... comme au Congo-Kinshasa, la diabolisation est incroyable.

 

Je note même dans le choix des photos actuelles (revoyez toutes les photos depuis les dernières semaines, de Laurent Gbagbo et de sa femme), on essaye de choisir celles les montrant comme des démons (comme ce fut hier avec Lumumba), celles de Ouattara et Soro sont soigneusement choisies... C’est curieux, je crois !

Puis, la suite, à qui appartiendra désormais le dernier mot pour les élections en Afrique? A la Commission électorale ou à la Cour constitutionnelle!

 

J’ai visualisé la cérémonie à Paris à l’honneur de Césaire; j’ai lu et suivi le discours du président Sarkozy.

Mais, je me pose la question si le président n’est pas passé outre le vrai Césaire, celui du Discours sur le colonialisme, celui du Cahier d’un retour au pays natal, celui de La Tragédie du Roi Christophe, celui de Et les chiens se taisaient...

Je me pose la question qu’en fait cette cérémonie, à la lumière de la Françafrique en Côte d’Ivoire, ne fut qu’un folklore que Césaire lui-même aurait sûrement refusé (comme il avait refusé une fois de rencontrer Sarkozy à Martinique!)

 

Mais, puisque notre génération nous ne connaissons pas Césaire et que nous ne vous laissons pas l’opportunité de nous le faire découvrir, comment nous étonner que les autres, qui sont conscients que cette connaissance de notre passé, de notre culture, nous placerait dans une situation positive et pouvant ainsi dialoguer avec eux sur d’autres bases, comment étonner que les autres l’utilisent ?...

 

Nous connaissons la citation de la dernière lettre de Lumumba, mais pourquoi un tel document ne figurerait-il pas dans nos programmes scolaires?

 

Mangalaboyi Jacques

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50 ans après son assassinat, Lumumba reste un modèle dans la classe politique congolaise.

 

Rome: 04/05/2011 - Cette année est le 50ème anniversaire de la mort d’un grand héros panafricain, Patrice-Eméry Lumumba. Premier chef de gouvernement congolais, il fut assassiné, le 17 janvier 1961, au Katanga après avoir été renversé avec la complicité américaine et belge.

 

Ses discours enflammés contre l’impérialisme et pour l’unité africaine avaient enthousiasmé le continent. A tel point que son tombeur, le maréchal Mobutu, avait dû le réhabiliter quelques années plus tard.

Le souvenir de Lumumba reste cher aux yeux de nombreux congolais, même ceux qui ne l’ont pas connu de son vivant.

 

Parmi eux, l’un des plus fervents adeptes, le chef Jean-Jacques Osongo, chef traditionnel de Natetela, issu du même village que Lumumba dans le Kasaï.

«Ce que j’ai de Patrice Emery Lumumba... je suis son successeur, en esprit, en intuition et je milite pour tout ce que Lumumba militait : l’unité du Congo, de l’Afrique et de tous les peuples du monde».

 

Les Etats-Unis d’Afrique, l’idée chère à Kwame Nkrumah et Patrice Lumumba, sont le credo du chef Osongo. Il en rédige même la constitution, une énorme pile de plusieurs centaines de pages. Pour lui, Lumumba est le démocrate exemplaire:

«Il était un véritable démocrate, le seul leader au monde qui a lutté pour l’indépendance de son pays, qui n’a pas été président de la République», souligne le chef  Osongo derrière des lunettes qui le font ressembler à Lumumba comme deux gouttes d’eau. Il jure que ce sont les vraies.

«Lumumba, tout le monde le voyait avec les lunettes. Nous portons ces lunettes qui sont parvenues jusqu’à nous... ça, ce sont nos secrets personnels».

Intarissable sur les Etats-Unis d’Afrique, il est moins bavard sur la classe politique actuelle, qu’il regarde de loin... à travers les lunettes de Lumumba.

 

Afri-Nous

Pour la Vice-présidente de la Banque Mondiale: «L’heure de l’Afrique a sonné!»

Au moment où 17 des 53 pays africains célèbrent les 50 ans de l’indépendance en 2010, «l’heure de l’âge d’or a sonné» et les investisseurs mondiaux doivent, pour capitaliser leurs affaires, se tourner vers l’Afrique, souvent décrite comme un continent à haut risque.

C’est l’avis de la vice-présidente de la Banque mondiale pour l’Afrique, Obiageli Ezekwesili, à l’endroit des investisseurs, des chefs d’entreprise, des membres de la diaspora africaine et des étudiants africains, lors de la 7e édition du Forum économique de l’Afrique organisé par l’Université de Columbia à New York.

Avec des investissements de 60 milliards USD, la révolution que tout le monde peut actuellement constater dans le secteur des TIC en Afrique par exemple «n’est que l’avant-goût de ce qui est possible dans d’autres secteurs encore non explorés en Afrique», a affirmé la vice-présidente.
En prédisant que le développement de l’Afrique suivra un paradigme totalement différent de celui des autres régions du fait du facteur technologique, Ezekwesili a affirmé que le secteur des TIC n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, des nombreuses possibilités qu’a l’Afrique de se rattraper vers la croissance.

La diffusion du téléphone portable, jadis luxe reservé à quelques nantis, permet à tous d’accéder au marché, la négociation des produits, l’augmentation des revenus et la possibilités d’affaires qui auraient pu échapper.
L’émergence d’une économie du savoir (innovation, idées, éducation et technologie), autrefois considérée comme étrangère à l’Afrique, semble actuellement de plus en plus visible.
Les ouvrages parlent de l’Afrique comme une étoile montante «en train de devenir la nouvelle Asie», le creuset du marché mondial et des richesses mondiales à venir.

«Si la crise financière mondiale a prouvé quelque chose, c’est que les marchés et les opérations commerciales les plus exposés aux risques n’existent nécessairement pas qu’en Afrique», a indiqué Ezekwesili aux investisseurs.
Elle a ajouté que le continent offre des taux de rendement parmi les plus élevés de la planète.
Au moment où l’Afrique rebondit après la crise économique mondiale avec des prévisions de croissance qui se situent entre 4,4 et 5,2 % en 2010, les possibilités d’affaires dans les plus grandes économies semblent connaître un ralentissement.

«C’est une bonne chose. Nous pouvons à présent vous faire rentrer dans vos pays», a dit Ezekwesili, ironique, aux membres présents de la diaspora africaine, les encourageant à réfléchir de façon créative sur la manière d’utiliser les quelque 20 milliards USD envoyés chaque année vers l’Afrique, dans l’optique de contribuer à la création d’emplois dans un continent où la croissance a été réalisée sans que les emplois suivent.

Il pourrait être utile de réaliser des investissements dans cinq domaines clés:
● agriculture;
● éducation, formation professionnelle et autonomie des femmes et des jeunes filles;
● infrastructures;
● accès au crédit;
● relance des échanges entre les pays africains et l’intégration régionale.

En renforçant les compétences et en fournissant le type d’éducation qui libère le génie créateur des Africains, le passage du continent vers une économie du savoir va être accéléré.

Afri-Nous

Investiture du plus jeune souverain couronné au monde

A 18 ans, a été couronné Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV, Roi de Toro, une des quatre monarchies traditionnelles de l’Ouganda, qui en 1995, à l’âge de 3 ans, était devenu le plus jeune souverain du monde.

Omukama Oyo Nyimba Kabamba-Iguru Rukidi VI, à peine ses 18 ans, a assumé le plein contrôle des affaires de son règne de Toro.
A la cérémonie qui s’est tenue dans la capitale du règne, Fort Portal, étaient présents parmi les milliers de gens, également le Président Yoweri Museveni, divers rois et dignitaires de l’Ouganda et d’autres règnes ainsi que des représentants des gouvernements africains dont le leader libyen Kadhafi.

A l’âge de 3 ans, King Oyo est entré dans le Guinness comme le plus jeune roi du monde.
Etant mineur, pendant ces 15 années, Roi Oyo a gouverné avec un groupe de régents chargés d’assurer sa progressive maturation de leader culturel de son peuple. Parmi ceux-ci: le président Yoweri Museveni, ses oncle (et parrain) et tante paternels le Prince James Mugenyi et la Princesse Elizabeth N. Bagaayan et d’autres rois de l’Ouganda.

«Dès aujourd’hui il n’y aura plus de régent» avait déclaré dans son discours de remerciement le Révérend Benezeri Kisembo, en qualité d’Archevêque de la Diocèse Rwenzori.
«J’ai passé la plupart de mon temps à essayer de comprendre mon rôle de roi et ça n’a pas été facile; c’est pourquoi, je n’oublierai jamais le jour où, alors tout petit, j’ai assisté à une fête de l’indépendance et l’attention sur moi m’a un peu effrayé. Cela m’a enrichi quand j’y repense, à présent que j’ai grandi», avait poursuivi le jeune souverain.
C’est un des hasards liés à cette tâche; il n’y a pas grand chose à dire sur une enfance normale, dit Roi Oyo, à qui sa mère a raconté tant de choses de son enfance et «c’est une grande expérience que je vivrai pour la raconter».

L’anniversaire du Roi Oyo Rukidi IV a été marqué par la visite d’un de ses pairs, Roi Ronald Muwenda Mutebi II, au Palais de Karuziike (palace) à Buziga.
Roi Oyo s’est dit prêt à débuter son règne sur les traces de ses prédécesseurs.
Friand du riz au poulet, Oyo a deux priorités pour le moment: terminer ses études et rehausser la gloire du Régne de Toro.

«Actuellement l’objectif est de terminer les études et faire des planifications pour mon royaume où l’éducation et la santé seront les points clés de départ», a-t-il déclaré.
A l’école, ses copains et collègues l’ont toujours traité sans aucune attention spéciale, ce qui a un peu aidé à polir les angles.
Outre à aller à la messe, Roi Oyo Rukidi IV aiment aussi les jeux d’intérieur durant ses loisirs. Un baby-foot dans chacune des pièces de son palais en dit long.

Le royaume du Roi Oyo, qui  souffre encore de 26 ans de dévastation, inexistence et désacration, a un grand besoin d’une totale reconstruction sous tous les aspects culturels, économiques et humains.
Un ambitieux plan de développement plan en réalisation, comprend plusieurs grands projets de développement et restauration.

Roi Oyo Rudiki IV a la diplomatie sur la pointe de la langue.
Ses meilleurs amis? Le peuple de Toro et sa maman, et tous ceux qui veulent que Toro devienne un grand royaume.
Ses ennemis? Les paresseux qui ne veulent pas travailler.

Milton Kwami

La subvention de la Fondation Bill et Melinda Gates a été allouée à PROMETRA International.

Ce financement (intitulé: «Plaidoyer en immunisation: Sauver les vies des enfants africains»), servira aussi à la vaccination de millions d’enfants et sera axé sur la compréhension des guérisseurs traditionnels et leur implication aux programmes d’immunisation.

Son objectif est une étude d’éducation en santé publique sur une durée de 3 ans sur l’immunisation dans trois pays africains: Bénin, Nigeria et Sénégal.
Cette étude aura un impact mesurable sur les programmes d’immunisation des enfants en informant du rôle que la médecine traditionnelle et les leaders religieux et des communautés de base jouent dans l’utilisation des programmes d’immunisation.

«Les guérisseurs traditionnels africains sont vénérés, ils sont des membres influents de la société, ils donnent des soins de santé et assurent l’éducation sanitaire de la majeure partie des populations africaines. Ils sont souvent oubliés et mal compris par la médecine moderne. Pourtant, leur implication dans les programmes de santé est très importante», déclare le président de PROMETRA International, le Dr Erick Gbodossou.

Ainsi, PROMETRA se donne pour mission une étude dénommée CAP (Connaissance, Attitude et Perception) des guérisseurs traditionnels africains et des leaders religieux de base pour s’assurer de leur compréhension et de leur connaissance des maladies évitables par administration de vaccins, en vue de dépasser les croyances et idées préconçues quant à leur utilisation.

PROMETRA nouera au Bénin, Nigeria et Sénégal, un partenariat avec des associations de médecine traditionnelle, ministères et programmes de vaccination comme Rotary International’s National Polio Plus Committees, organisations religieuses et  groupes indigènes.

La Fédération des Associations des Femmes du Sénégal (FAFS), en tant que partenaire, mènera une étude sur des focus groupes spécifiques, qui lui «permettra de vérifier les croyances et les pratiques des femmes (mères et grands-mères) au Sénégal», explique Erick Gbodossou.
Fondée en 1971, l’Organisation PROMETRA International a pour objectif de préserver la médecine africaine traditionnelle, la culture et les sciences endogènes à travers la recherche, l’éducation, le plaidoyer et la pratique.

C. Fodéba

Pour 2010, le Cameroun dépensera quelque 490,9 millions CFA pour les soins des enfants et adultes malades du SIDA.

Face aux dépenses considérables consacrées à l’achat des médicaments pour soigner le SIDA, un nouvel espoir est venu de l’inauguration, à Douala, du laboratoire de la CINPHARM (Compagnie Industrielle Pharmaceutique), d'une valeur de 11 milliards CFA.

La CINPHARM fabriquera, dès juin, des médicaments génériques dont les anti-rétroviraux (ARV) 30 à 40%  moins chers (et d’égale qualité) que ceux actuellement sur le marché national.
Hilarion Fortuné Manga, président du RAPAIC (Réseau des Associations des Personnes Affectées ou Infectées par le Sida au Cameroun) explique:

«Le gouvernement ne subventionne que les anti-rétroviraux de 1ère ligne et de 2ème ligne. Les malades qui sont sous les couteux ARV de 3ème ligne doivent se prendre en charge eux-mêmes» mais ils seront également subventionnés dès qu’ils seront disponibles au laboratoire de la CINPHARM, a affirmé Dr Ibilié Abessouguié, secrétaire exécutif du CNLS (Comité National de Lutte contre le SIDA).

La fabrication des ARV de 3ème ligne soulagera les malades, leur évitant l’évacuation vers les pays développés.
En 2009, seuls 76.228 personnes étaient sous ARV sur un total de 164.070 infectés, soit 46,6% seulement des personnes qui étaient potentiellement dans le besoin de ce traitement, selon le CNLS.

Le RAIPAC exprime toutefois quelques inquiétudes par rapport aux ARV qui seront produits par la CINPHARM.
«Est-on vraiment sûr que ces génériques seront certifiés et de bonne qualité? En outre, est-ce certain qu’ils seront moins chers? Car si les comprimés sont fabriqués à 10 CFA par exemple et sont taxés à 20 CFA, ils reviendront chers. Donc, il faut accorder des facilités fiscales à cette compagnie», explique le président du RAIPAC.

Le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, a exprimé le soutien du gouvernement camerounais à cette initiative du CINPHARM. «Plus la chaîne de distribution des médicaments est courte, moins il y a des risques de trafics», avait-il déclaré à l’inauguration du laboratoire.

Mais les patients ont une autre inquiétude: la mise sous ARV nécessite au préalable la réalisation d’un bilan thérapeutique pour les malades, facturé à 3.000 CFA au patient à rembourser plus tard par le gouvernement.
Tous les patients n’ont pas toujours cette somme et il est même parfois demandé à certains de débourser 14.800 CFA au lieu de 3.000 CFA. Ce qui complique davantage la situation.

«Je ne sais pas pourquoi ils le font, mais nous avons reçu les plaintes de certains malades et nous avons déjà attiré l’attention des autorités là-dessus, et nous sommes en train de mener nos enquêtes», ajoute le président du RAIPAC, Hilarion Fortuné Manga.

Fodé B.

La parlementaire kenyane, Prix Nobel de la Paix 2004, parle du problème de la faim dans le monde.

Wangari Maathay naît en 1940 au Kenya. A 31 ans, elle obtient son doctorat en biologie à Nairobi et, en 1977, elle crée le «Green Belt Mouvement» (Mouvement de la Ceinture Verte), organisation populaire de lutte contre la désertification, la tutelle de l’environnement et l’aide aux femmes africaines, un mouvement qui a planté 30 millions d’arbres, dans plusieurs pays africains (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Malawi, Ethiopie, Zimbabwe...). Grâce à sa contribution au développement soutenable, la paix et la démocratie, Wangari Maathay est la première africaine à obtenir le Prix Nobel de la Paix, en 2004. Aujourd’hui parlementaire kenyane, elle est digne représentante de ce monde héroïque des africaines qui oeuvrent pour sauver leur propre terre.


Que pensez-vous du milliard d’affamés dénoncés par la FAO?
Wangari Maathay: C’est triste que tant de gens souffrent la faim alors qu’il y a abondance de nourriture. Dans plusieurs endroits du monde, il y a le gaspillage:  c’est donc un problème de distribution. C’est pourquoi nous parlons d’équité, égalité, droits, respect pour les êtres humains affamés et l’environnement.

Comment les pays des Tiers et Quart-Mondes vivent-ils la crise?
Wangari Maathay: Plusieurs pays ont des difficultés à cause de la diminution des aides qu’ils devraient recevoir normalement du Premier monde, qui lui-même traverse de graves problèmes. Mais bonne partie des crises qu’affrontent aujourd’hui les pays développés sont les mêmes affrontées depuis des décennies par les pays sous-développés. Le message est que désormais le monde est beaucoup plus petit et nous devons gérer au mieux les ressources que nous avons, avec des standards différents  et aider les autres.

Malgré toutes ses richesses en matières premières,  pourquoi l’Afrique n’arrive-t-elle pas à se soulever?
Wangirai Maathay: Comme je l’écris dans le livre "Le défi pour l’Afrique", qui reflète mon expérience de 30 ans, le fait est que ces ressources sont encore trop brutes et il manque les technologies, la connaissance et le talent pour transformer ces mêmes ressources en des biens pouvant être vendus sur le marché, à un prix qui est décidé par les pays africains eux-mêmes. En même temps, l’Afrique cherche à tenir le pas du développement pour fabriquer des produits vendus dans le monde industrialisé, à un prix fixé par les pays évolués. Mais l’Afrique, dans une certaine mesure, doit s’accuser elle-même car elle continue à ne pas instruire ses paysans, à ne pas améliorer sa technologie et à ne pas développer le talent potentiel des Africains, restant ainsi victime du système international. Tous les pays du monde viennent en  Afrique pour exploiter les ressources du continent, laissant les miettes aux Africains.

Quelles responsabilités a la classe dirigeante africaine relativement à ce développement manqué?
Wangirai Maathay: Ce sont les questions soulevées encore une fois dans le livre "Le défi pour l’Afrique". Les leaders africains doivent assumer leurs responsabilités face à leurs citoyens qui, à leur tour, doivent assumer leur droit de faire pression en tel sens. Ce ne sont pas les leaders des autres pays qui doivent les sauver. Au 21ème siècle, l’Afrique a besoin de ressaisir. Beaucoup ont émigré et ont reçu l’instruction en occident. Avec le potentiel qu’ils ont, au lieu d’exploiter les gens, ils devraient leur donner des possibilités. Il y a toutefois eu de grandes  améliorations: on est passé par le colonialisme, on a surmonté la guerre froide, les conflits externes qui ne nous concernaient pas du tout. Nous sommes dans la post-guerre froide où les Pays africains commencent à acquérir une majeure indépendance et cherchent à respecter les droits humains, permettant l’épanouissement de la créativité et du potentiel africains. Voilà pourquoi nous écrivons des livres comme celui-ci. Nous, les Africains instruits, devons relever le défi d’assumer la mission et le devoir de guider nos concitoyens, les  libérer de la pauvreté, de l’exploitation et aussi de l’ignorance.

Vous avez obtenu le Prix Nobel de la Paix en 2004...
Wangirai Maathay: La commission pour le Prix Nobel a souligné qu’une des raisons pour lesquelles je l’ai reçu, est que nous étions en train de créer un lien entre la paix et la bonne gestion des ressources, pour une distribution et un partage équitables au niveau national et local, car la justice globale part de la justice au niveau de la communauté et de la bonne gouvernance. On prévient ainsi la frustration des émargés et des oubliés, pouvant les amener à prendre les fusils. Puis pour réparer ces guerres, on dépense des milliards qui pourraient être mieux employés au bénéfice du développement. C’est important d’aider mais c’est mieux de donner le pouvoir aux gens afin qu’ils s’aident eux-mêmes et se créent un futur autonome. Après 40 ans d’aides, plusieurs pays africains se retrouvent au même point. Les Africains se sont trop de fois assis sur les aides extérieures, oubliant de développer eux-memes ce qu’ils avaient.  

Comment peut être menée la lutte contre la faim dans le monde?
Wangirai Maathay: La FAO et les autres agences s’occupant de développement peuvent sûrement aider mais ce sont des questions qui doivent être affrontées au niveau national, grâce à la promotion agricole, la mobilisation des citoyens et des ressources nationales, la création de réseaux hydriques, la prévention des désastres naturels, à travers une planification stratégique, afin de créer un environnement  soutenable. La plantation  des arbres sur les terres arides, menacées par  l’érosion désertique, aide la planète en protégeant les forêts et les montagnes. Je crois que c’est une activité importante qui peut être menée au niveau national, par l’armée par exemple. On arriverait ainsi à promouvoir un environnement soutenable, ce qui, à son tour, représente une condition et une ressource de grandes aide et utilité pour l’agriculture soutenable, de manière que les gens puissent produire leurs propres denrées alimentaires et ne pas dépendre des aides extérieures.

Milton Kwami