Africulture - Africa Nouvelles

50.000 festivaliers!

Le festiac Medumba, qui s'est déroulée à Bangangté, a été marqué deux semaines d'activités.

Le ministre des Arts et de la Culture, Ama Tutu Muna, a déclaré avoir un voeu: que l'héritage culturel camerounais s'insère dans la modernité. Pour lui, la préservation et la promotion du patrimoine culturel ne peut prendre sens qu'à travers des mesures élaborées et mises en oeuvre pour le faire mieux connaitre, mieux valoriser, et surtout l'intégrer dans son vécu quotidien à travers des actions permettant d'améliorer le bien-être des populations.

 

La tenue régulière du Festival des Arts et de la Culture Medumba (Festac Medumba), qui en est à sa 11ème édition, cette année, est un exemple de l'engagement des organisateurs à promouvoir leur héritage culturel. Aussi, clôturant à Bangangté le Festac 2012, il a félicité les organisateurs pour cette belle régularité, rappelant que son département ministériel a entrepris de signer des conventions avec des opérateurs culturels. La première phase de cette opération a permis de retenir déjà 8 festivals dont deux relevant du secteur patrimonial.

Après cette phase expérimentale qui sera sanctionnée par l'évaluation et la classification desdits festivals, des dispositions seront prises afin que les festivals à conventionner intègrent dans leur organisation et leur fonctionnement les normes standards d'entreprises, susceptibles de générer des revenus et de créer des emplois. D'où l'appel lancé aux mécènes et hommes d'affaires afin qu'ils soutiennent les initiatives positives, porteuses pour le secteur ou les acteurs culturels et les communautés.

Les organisateurs, eux, se satisfont de la mobilisation (près de 50.000 festivaliers présents) et pensent déjà à la prochaine édition qui aura lieu dans deux ans, avec encore plus d'innovations. Les chefs supérieurs du Ndé qui ont entretenu la jeunesse durant les deux semaines sur divers thèmes ont relevé la nécessité de développer le continent africain, sans pour autant que notre culture ne meure.

Prestige de vestiges!

Et de deux, pour la Côte d'Ivoire en un laps de temps! Voilà qu'après le PPTE (Pays Pauvre Très Endetté), c'est la nouvelle de l'inscription de la ville de Grand-Bassam au patrimoine mondial de l'Unesco qui est tombée comme une pluie d'avant printemps.


Et les Ivoiriens peuvent s'en réjouir pour avoir longtemps attendu ce progrès de la première capitale de Côte d'ivoire. Après le rendez-vous manqué de 2008 et de 2009, le dossier de la cité balnéaire a été relancé. Et comme découragement n'est pas ivoirien, le triomphe est enfin à nos portes.

La session de juin 2012 de l'Unesco a porté chance à notre pays. Bravo donc au ministre de la Culture et de la francophonie, Maurice Kouakou Bandaman, qui, en capitaine chanceux, vient de remporter une bataille aux allures d'un parcours du combattant. Oui, comme un trophée de compétition enlevé, les vaillants Eléphants sont rentrés triomphalement au pays.

Mais peut-on parler du succès de Grand Bassam sans parler des efforts consentis par les Ivoiriens, en général, et, en particulier, par feu Michel Moulod, maire de ladite localité ?

C'est pourquoi, il serait envisageable de dédier cette victoire à Michel Moulod. Un hommage qui pourrait le réconforter au fond de sa tombe car, l'érection de Grand-Bassam fait visiblement partie des dernières priorités de l'homme avant sa tragique disparition.

Tout nouveau tout beau, nous espérons que les Bassamois, en premier et l'ensemble des Ivoiriens en second, sauront justifier leur attente en appuyant les efforts du ministère dans le strict respect des normes qui seront imposées.

Une chose est de réclamer à cor et à cri une reconnaissance de l'Unesco, une autre est de pouvoir entretenir le site pour en faire une grande fierté nationale.

 

L'or de Loropéni!

Le 26 juin 2012, les ruines de Loropéni auront 3 ans de vie au patrimoine mondial de l'humanité. Pour l'occasion, il est prévu dans le Sud-Ouest du Burkina un colloque international sur les recherches scientifiques menées à Loropéni et des activités sportives. Les détails de cette commémoration ont été donnés lors d'une conférence de presse animée par les responsables du département de la Culture et du Tourisme le mardi 19 juin dernier.

 

3 ans déjà que les ruines de Loropéni sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Toujours appelé «les Mystérieuses ruines lobis», le site touristique de Loropéni commémore ce 3e anniversaire sous le thème : «Patrimoine culturel, valorisation de la recherche, sport et paix».

Ce choix s'explique, selon le chercheur Magloire Somé, par l'ambition de faire beaucoup plus de lumière sur les origines et les bâtisseurs de ces «murailles mythiques». A cet effet, il est prévu, du 27 au 29 juin, un colloque international sous le thème: «Lieux et enjeux de mémoire dans le Sud-Ouest du Burkina Faso».

Placé sous la présidence du Pr Somé, le colloque sera animé par de nombreux chercheurs venus de divers horizons. Il sera couronné par un panel des partenaires au développement, des chercheurs du CNRST, de l'université de Ouagadougou ainsi que de certains participants au colloque en vue de déterminer la contribution des sciences sociales au développement du pays. Au programme également, un cross relais sur une distance de 25 km, regroupant toutes les forces de défense et de sécurité, et placée sous le signe de la paix et de la cohésion entre les hommes en tenue.

L'UNESCO fait obligation aux gouvernements qui ont des biens touristiques inscrits sur la liste du patrimoine mondial d'assurer leur protection, leur mise en valeur et la gestion de leurs visiteurs. C'est pour répondre à cet engagement que le ministère de la Culture et du Tourisme (MCT) a mis en place une direction chargée des sites classés sur la liste de l'UNESCO. Ses missions sont, entre autres, d'assurer le suivi du programme de réhabilitation des ruines de Loropéni, d'assurer la promotion du site sur les plans national ainsi qu'international et d'identifier et de proposer d'autres sites à classer sur la liste du patrimoine mondial.

Le premier responsable de la structure, Lassina Simporé, a affirmé qu'un vaste chantier de mise en valeur du site est en projet. Des études architecturales auraient été menées en vue de la construction d'infrastructures d'hébergement, de services administratifs pour une meilleure exploitation des ressources touristiques.

Après trois ans de vie au patrimoine culturel mondial, le secrétaire général du département de la Culture et du Tourisme, Jean-Claude Dioma, relève qu'il n'y a pas, pour l'instant, de retombées visibles. Cependant, a-t-il relevé, le taux de fréquentation du site, surtout par les populations locales, a connu une hausse.

De même, l'inscription des «Mystérieuses ruines lobis» vaut au pays une renommée mondiale en matière de gestion des biens matériels de l'humanité et, bien évidemment, la célébrité de sa région Sud-Ouest.

 

5 millions de sous... les tropiques!

La cérémonie de remise du prix a été présidée par le ministre de la Culture et du Tourisme, Youssou Ndour, au village de la Biennale, sis à l'ancienne gare ferroviaire de Dakar. Pascal Konan gagne ainsi un chèque de 5 millions CFA.


Le plasticien Ivoirien, Pascal Konan, a été désigné lauréat du Prix UEMOA (Union Economique Monétaire Ouest-Africaine) de la 10ème Biennale de l'Art africain contemporain de Dakar (Dak'art).

Son travail intitulé «Sous les tropiques», réalisé sur du bois avec des techniques mixtes, a retenu l'attention du jury.

«Pascal Konan a une approche très intéressante, aussi bien sur le plan graphique que thématique. La ville y est décrite comme un lieu de brassage, d'enrichissement culturel, d'encombrement avec une évocation presque dialectique. Le lauréat s'est également distingué avec une palette, à la fois sobre et coloré, en faisant montre d'une maîtrise des matériaux de base», a commenté Massamba Mbaye, critique d'art et membre du jury, dans lequel ont siégé le plasticien Viyé Diba et le critique d'art Sylvain Sankalé.

Selon lui, ce travail condensé aux dynamiques sociales intègre les problématiques actuelles dans l'espace UEMOA.

Représentante de l'institution monétaire, Aminata Lô Paye a réaffirmé la nouvelle orientation au niveau de la Commission de l'Uemoa avec la mise sur pied de la Direction du patrimoine culturel et des arts.

«Ce prix décerné dans le cadre du Dak'art est un signe d'encouragement qui offre un espace de visibilité pour les plasticiens dans l'espace Uemoa. Nous croyons au Dak'art»,, a estimé A. L. Paye. Elle avance que la politique communautaire devait commencer par la culture.

Pour sa part, le ministre de la Culture et du Tourisme, Youssou Ndour, a magnifié l'initiative de l'Uemoa à travers ce prix, mais aussi la création de la Direction du patrimoine et des arts. Cette démarche participe à la promotion de nos cultures et à la conservation du patrimoine ouest africain. Sur ce point, Y. Ndour a déclaré que le Sénégal soutient le Mali. Son propos fait référence à la situation actuelle dans ce pays, particulièrement dans la ville de Tombouctou.

 

 

Sites de réussite!

Cinq nouveaux sites africains, la capitale marocaine Rabat, Grand-Bassam en Côte d'Ivoire, le pays Bassari au Sénégal, les lacs d'Ounianga au Tchad ainsi que le parc tri national de la Sangha, ont été inscrits au Patrimoine mondial de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education. la Science et la Culture).


■ Le site de Rabat comprend 6 composantes réparties sur 3 arrondissements: "la ville nouvelle", "le Jardin d'Essais et les jardins historiques", "la médina", "la Kasbah des Oudayas", "les remparts et les portes almohades" et "le site archéologique de Chellah".

■ Grand-Bassam, l'ancienne capitale de la Côte d'Ivoire du temps de la colonisation française, située à 40 km à l'est d'Abidjan, recèle les plus beaux et nombreux vestiges d'architecture coloniale du pays.

■ Les lacs d'Ounianga sont une curiosité du nord du Tchad: de grandes étendues d'eau saline en plein désert du Sahara. Les lacs faisaient partie d'un seul grand lac il ya plus de 5.000 ans.

■ Le "TNS", Parc Trinational de la Sangha (Lobeke/Cameroun, Dzanga-Ndoki/Centrafrique et Nouabalé-Ndoki/Congo) est une énorme réserve de près de 3 millionsd'hectares recelant flore et faune dont de nombreux grands mammifères.

■ Le Pays Bassari comprend 3 zones géographiques dans les collines du sud-est du Sénégal où 3 groupes ethniques, dotés de structures sociales et politiques qui leur sont propres, se sont installés. Les 3 zones s'organisent autour de Bandafassi (Bédick), Salémata (Bassari) et Dindéfélo (Peul) dans la région de Kédougou.

Le continent compte désormais une cinquantaine de sites classés par l'UNESCO.

 

Vive la Photografrique!

Interview au photojournaliste français Vincent Boisot (41 ans), lauréat du 2ème prix dans la catégorie "Arts et Spectacles" du très prestigieux World Press Photo 2012, pour une photo prise lors de la 9ème Fashion Week en 2011 à Dakar, au Sénégal. Co-fondateur du collectif Riva Press, Vincent Boisot a adoré le polar noir congolais Viva Riva qui se déroule à Kinshasa, une ville qu'il aime profondément et qu'il photographie beaucoup.

Plus de 100.000 photos ont été soumises au jury pour la dernière édition du World Press Photo. L'exposition itinérante parcourt chaque année 45 pays et attire des millions des visiteurs. La Galerie Azzedine Alaïa montre jusqu'au 21 juin les photos des lauréats au 18, rue de la Verrerie, 75004 Paris.

Qu'est-ce qu'on voit sur votre photo primée?

Vincent Boisot: On voit un mannequin qui pose avec une tenue de Yolande Ngom Mancini, une styliste sénégalaise qui vit aujourd'hui aux Etats-Unis. Une photo qui a été prise pendant la 9e Dakar Fashion Week*. J'ai fait une série de portraits avec ces mannequins en essayant de les présenter avec leurs tenues dans le milieu de la ville. Je les ai fait poser dans un marché, au milieu de petits shops de tailleurs qu'on voit un peu partout au Sénégal. Beaucoup de vêtements que les Sénégalais portent sont fabriqués dans ces petits shops. Il y a beaucoup de créateurs qui se lancent, beaucoup de créativité. Pour moi, cette image était symbolique.

Avoir un prix au World Press Photo, qu'est-ce que cela signifie pour vous?

Vincent Boisot: C'est un grand honneur, une grande fierté. Le World Press Photo, c'est l'un des prix le plus prestigieux en photojournalisme. Moi, j'ai présenté chaque année des photos, et voilà. C'est une certaine reconnaissance qui permet d'avancer et d'avoir un peu plus de confiance dans son travail où il y a souvent beaucoup de questionnement sur la façon dont on fait les choses. Cela représente un jalon important dans la vie d'un photojournaliste.

Avant le reportage sur la Dakar Fashion Week, avez-vous regardé d'autres défilés de mode à Paris, Londres ou Milan?

Vincent Boisot: Non, jamais. La mode en tant que telle n'était pas un sujet qui m'intéressait vraiment. Par contre, ce qui me passionnait dans l'histoire, c'est la curiosité sur l'Afrique que j'ai. Cette photo n'est pas une photo de mode. Une photo de mode cherche à sublimer la robe, la tenue, dans un but commercial ou de communication. Mon principal but a plus une vocation documentaire. C'est de montrer l'humain. Le mannequin est très mis en valeur sur la photo. Et puis il y a une volonté de l'inscrire dans un lieu où d'autres gens font des choses. C'est plus une photo documentaire sur la mode en Afrique.

Les créateurs de la Fashion Week venaient tous de l'Afrique, mais de pays très différents: le Mali, le Maroc, la Côte d'Ivoire, le Sénégal... Il y avait une identité africaine commune?

Vincent Boisot: Non, je pense que c'était vraiment très divers. Il y avait des couturiers qui utilisaient des matériaux « ethniques », des matériaux du pays, du wax, des ramages, des perles, du raphia... mais il y en a d'autres, comme sur la photo du prix, ce sont des tissus qu'on trouve absolument partout, des styles qui ne sont pas du tout marqués « Afrique ». Même si tous revendiquent quand même une identité africaine. Ils veulent que la mode africaine soit reconnue. Une remarque qui venait souvent était qu'ils trouvent que les créateurs européens s'inspirent beaucoup d'eux, dans les matières, les formes, les bijoux, les accessoires. Qu'ils voient souvent dans les défilés occidentaux des inspirations de choses qui viennent de chez eux. Ils sont convaincus qu'il n'y a pas de raison qu'ils n'arrivent pas à accéder au marché mondial et aux grands défilés des Fashion Week en Europe. Je vois beaucoup en Afrique qu'on montre assez peu.

Une autre ville africaine qui vous fascine, c'est Kinshasa, en République démocratique du Congo. Pourquoi?

Vincent Boisot: Cela vient d'un rencontre avec cette ville, en 2007, quand j'y suis allé pour la première fois, par hasard, pour un reportage qu'on m'avait glissé à l'oreille. Depuis, j'y retourne régulièrement tous les ans ou tous les deux ans. J'ai une sorte de fascination pour cette ville qui, pour moi, est unique au monde. Je n'ai jamais vu un endroit pareil. C'est une ville très chaotique, compliquée, très peuplée, très désorganisée, parfois horripilante. Là-bas, tout est compliqué, mais aussi enthousiasmant, parce qu'il y a une énergie, un bouillonnement, une volonté d'aller de l'avant. J'aime ce mélange, à la fois, de chaos, de choses compliquées, et en même temps cette énergie folle qui tourne dans cette ville.

Sur vos photos, on voit des enterrements, des mariages, des enfants-sorciers. Est-ce un travail d'un photographe-sociologue qui voit plus loin que l'objectif de la caméra?

Vincent Boisot: Il est vrai, dans mon travail que je fais à Kinshasa depuis cinq ans, que je cherche à raconter des histoires. Par exemple, sur un orchestre symphonique avec 200 musiciens classiques dans un des quartiers très difficiles de Kinshasa, le seul orchestre symphonique noir d'Afrique. J'ai fait aussi un travail sur Mwimba Texas, un catcheur albinos, un personnage incroyable, qui se bat pour la défense des albinos dans son pays. Là, je reviens d'un reportage sur des boxeuses qui se sont entraîenées ces six derniers mois comme des forcenées pour pouvoir participer au championnat du monde qu'avait lieu en Chine. Elles espéraient se qualifier pour les JO de Londres, parce que c'est la première fois que la boxe féminine est un sport olympique. Mais elles n'ont pas pu partir à cause de problèmes d'argent. Ce qui m'intéresse, c'est de chercher ces histoires qui racontent un peu plus que des histoires individuelles, qui racontent un peu l'histoire du pays, de la ville.

Pourquoi ne trouve-t-on pas de photos choc chez vous?

Vincent Boisot: Je pense avoir un regard bienveillant sur cette ville Kinshasa, malgré la violence qu'on peut y trouver, malgré les difficultés du quotidien. Moi j'y vois plein de choses positives, pleines de qualités, pleines de douceurs... donc pas d'images choc.

Quand vous retournez en France pour y faire, par exemple, un reportage sur une école unique qui ferme, est-ce que le travail en Afrique change le regard sur la France et vice-versa?

Vincent Boisot: Je pense que le regard reste le même. Quand je travaille en France, je suis en France. Quand je travaille en Afrique, je suis là-bas. Je pense que ce sont deux choses très différentes et c'est assez imperméable entre les deux. J'essaie de garder une certaine distance. L'idée est aussi d'être un observateur. Quand on a trop de liens, l'interaction est trop forte entre le sujet et le photographe, on ne peut plus saisir des choses, on ne peut plus être à la bonne distance pour saisir des moments plus spontanés.

Siegfried Forster (RFI)

 

Rwand'Art!

Il y a un début à tout. Et dans le cas du Rwanda, il y a de nombreuses grandes premières, ou, pour être plus précis, une grande première depuis 1994. Cette année, c'est la première fois qu'un musée des arts accueille des artistes internationaux. 


Le Musée des Arts Rwesero à Nyanza a inauguré une exposition présentant des oeuvres du photographe sud-africain Pieter Hugo, "Vestiges d'un génocide", et de la photographe néerlandaise Andrea Stultiens, "The Kaddu Wasswa Archive".

De son côté, l'artiste spécialiste des techniques mixtes, Collin Sekajugo, d'origine rwandaise et ougandaise, apporte, avec une sculpture et quelques photos de ses sculptures, la touche finale à la collection qui porte sur le thème du génocide. Sekajugo affirme: "L'exposition est très importante pour moi en tant qu'artiste et pour le Rwanda en tant que pays. Elle ouvre la voie à la participation d'autres artistes au Rwanda pour atteindre un niveau plus élevé. Et elle est importante quant à la façon dont le monde extérieur nous regarde."

"Avec le musée, nous voulons également créer une plate-forme, pour enseigner aux jeunes artistes et les amener à s'impliquer dans le développement des arts ici" dit Lia Gielin, la conservatrice néerlandaise au Musée des Arts Rwesero, qui espère que l'exposition des oeuvres des artistes internationaux permettra de stimuler le côté créatif des Rwandais.

Les arts peuvent jouer un rôle important dans le processus de guérison dans un Rwanda d'après-génocide, estime Alphonse Umuliisa, le directeur général de l'Institut des musées nationaux du Rwanda, qui souligne également que l'"autre rôle très important de l'art est qu'il peut réduire la pauvreté Il offre des opportunités illimitées".

Sekajugo croit également en la puissance de guérison de l'art ou, comme il le dit, "utiliser l'art pour changer des vies". A Kigali, il a créé Ivuka Arts, une organisation qui a pour vocation de bâtir une communauté, en fournissant aux jeunes artistes pleins d'avenir une plate-forme professionnelle. Des sculptures faites par lui et ses élèves sont exposées dans les lieux publics en Ouganda. Jusqu'à présent, ce type d'art n'existe pas au Rwanda, dit Sekajugo.

Dans le musée, les photos des sculptures de Sekajugo sont exposées aux côtés de celles du célèbre photographe Hugo Pieter, qui prit des photos, dix ans après le génocide, de lieux symboliques au Rwanda: des endroits où des barrages routiers avaient été dressés, là où des gens avaient été assassinés. Fiona Umutoni, la guide rwandaise du musée, a toujours un frisson dans le dos lorsqu'elle passe devant les images. "Et c'est la même sensation qu'éprouvent les visiteurs. Tout le monde est tellement impressionné par les images d'Hugo", dit-elle.

L'oeuvre d'Andrea Stultiens est plus indirectement liée au génocide. Elle a rencontré un vieil homme en Ouganda, du nom de Kaddu Wasswa, qui a gardé des archives de sa vie. Il a tout documenté depuis l'âge de 12 ans. Andrea Stultiens a fait des centaines de photos des archives de Kaddu Wasswa et visité les lieux qu'il a documentés. La collection est un mélange de photos, de vidéos et des souvenirs personnels.

Sekajugo: "La collection de Kaddu Wasswa constitue une source d'inspiration pour les Rwandais pour documenter les événements de leur vie. Même si cet homme vient de l'Ouganda, ses documents montrent l'histoire d'un pays en proie à des troubles. C'est pertinent pour tout le monde dans cette région."

L'exposition sera ouverte jusqu'à la fin du mois d'août de cette année. C'est le rêve de Lia Gieling de continuer avec les expositions internationales. Elle se rend compte que ça va être un défi, car il y a très peu de fonds pour le musée.
"L'art au Rwanda est comme un enfant qui commence à marcher. Il est présentement dans une phase très précoce. Vous devez le prendre par la main pour lui permettre de grandir. Mais avec le manque de financement, il sera difficile de faire venir des artistes internationaux ici ou d'éduquer les artistes locaux. Et c'est pour cette raison qu'il est difficile pour les artistes rwandais de se développer. On ignore encore le genre d'exposition que le musée va présenter à l'avenir. Tout comme l'on ignore l'avenir des arts en général au Rwanda. Il est à espérér que le "bambin" apprendra à marcher!" conclut Sekajugo, avec un voile de sceptisme.